Le 16 juin 1976, Soweto s'embrase, l'Afrique du Sud change à jamais

"On connaît la signification de cette journée", fériée depuis la chute de l'apartheid en 1994, a déclaré le capitaine de la sélection nationale sud-africaine Aaron Mokoena. "Cela serait vraiment spécial de gagner en ce jour si particulier", a-t-il dit avant la rencontre contre l'Uruguay (GrA).

Le 16 juin 1976 marque un basculement dans l'histoire du pays, qui s'enfonce dans des violences inédites depuis l'instauration du régime ségrégationniste en 1948.

Ce jour-là, des écoliers et des étudiants du township noir de Soweto manifestent contre l'introduction d'un enseignement dispensé exclusivement en afrikaans, la langue des maîtres de l'apartheid. La police du régime raciste ouvre le feu.

Hector Pieterson, 13 ans, est le premier à mourir sous les balles des forces de l'ordre. La photo de son cadavre, dans les bras d'un proche, met le feu aux ghettos noirs et suscite l'indignation du monde.

Révoltés par la mort de ses camarades de Soweto, la jeunesse des townships s'insurge. La répression de cette insurrection, qui dure plusieurs mois, fait environ 500 morts, dont l'inspirateur de la rébellion, Steve Biko.

Le père du Mouvement de la Conscience noire - qui avait appelé les Noirs à se libérer sans l'aide des Blancs - est retrouvé mort dans sa cellule en septembre. Son histoire inspirera le film Cry Freedom, de Richard Attenborough.

Si les émeutes sont finalement matées, le régime de la minorité blanche a montré son vrai visage et le monde commence à adopter des sanctions sérieuses à son encontre. En 1977, l'ONU décrète un embargo sur la vente d'armes à l'Afrique du Sud. Des sanctions économiques suivront dans les années 1980.

En interne, un cap psychologique a été franchi: les Noirs savent qu'ils peuvent déstabiliser le régime. A partir de ce moment, les townships sont régulièrement secoués par des spasmes insurrectionnels.

Sous cette double pression, le gouvernement blanc finira par céder. Le 11 février 1990, il libère Nelson Mandela, le héros de la lutte anti-apartheid qui vient de passer 27 ans en prison. Quatre ans plus tard, les premières élections multiraciales le portent au pouvoir.