aEn Tanzanie, un Bras d'Albinos est Vendu 2 000 euros

En Tanzanie, un Bras d'Albinos est Vendu 2 000 euros

Depuis 2007, plus de 50 albinos sont morts. Des dizaines d'autres ont été mutilés. A l'origine de ces persécutions : des croyances. Leurs membres sont utilisés pour la préparation de "potions" par des sorciers.

Déjà victimes de cancers de la peau et mal-voyants en raison du faible taux en mélanine contenu dans leur peau, les 150 000 albinos de Tanzanie se retrouvent marginalisés. Leur maladie, l'albinisme, est une anomalie génétique caractérisée par une absence de pigmentation de la peau, des poils, des cheveux et des yeux.

 
Si aux Etats-Unis ou en Europe, une personne sur 20 000 est albinos, ce taux descend à un individu sur 4 000 en Afrique. Victimes d'attaques les albinos de Tanzanie vivent barricadés.
Les agressions dont ils sont victimes surviennent principalement dans les zones reculées bordant le lac Victoria, dans la partie Ouest de la Tanzanie.
En effet, selon des témoignages, des pêcheurs du lac et des mineurs des gisements d'or de la région utiliseraient leur sang pour s'attirer la chance. Les sorciers s'attachent les services de tueurs, des individus facilement manipulables, en quête d'argent. Tuer un albinos, ça rapporte. On parle de 2 000 dollars pour un bras.


Des tarifs qui ont pu être vérifiés avec l'attaque perpétrée le 18 octobre 2008 contre Mariam STANFORD, une albinos de 28 ans, dans la région du lac Victoria. Selon elle, ses agresseurs devaient recevoir plus de 4 000 dollars, en échange de ses bras. L'attaque, qui s'est déroulée de nuit, fut des plus barbares, comme elle a pu le raconter au quotidien tanzanien The Guardian dans son édition du 31 janvier dernier.

"Il m'a coupé d'abord le bras gauche, puis le droit"

"Il était minuit ou une heure du matin. Quelqu'un a frappé à ma porte, puis est entré soudainement dans ma maison. J'ai été éblouie par une torche, et j'ai vu alors mon propre voisin tenir un couteau de boucher…
Il m'a coupé d'abord le bras gauche, puis le droit. Je hurlais à l'aide, mais personne ne venait, pas même mes parents qui dormaient à coté. Mais je ne savais pas que pendant qu'on m'attaquait, d'autres avaient attaché mes parents.
Ils ont pu se libérer, et m'ont trouvé dans une mare de sang après le départ des assassins. Quand je leur ai dit que c'était notre voisin qui m'avait coupé les mains, ils se sont rués chez lui. Il tremblait, les mains recouvertes de sang. Mes parents l'ont battu, mais il n'a jamais avoué qui étaient ses complices"

Plus d'un an après les faits, tous les coupables n'ont pas été arrêtés. Les sorciers profitent de l'ignorance d'une partie de la population rurale, qui assimile les albinos au diable. Ces actes barbares ont en tout cas conduit début février, aux Etats-Unis, le démocrate Gerald CONOLLY, membre du Congrès, à solliciter Barack OBAMA.
Gerald CONOLLY a demandé au Président américain de mettre la pression sur le gouvernement tanzanien afin que cessent les assassinats d'albinos.

 
En Tanzanie, il y a déjà un certain temps que l'on a pris le problème au sérieux. Le gouvernement a instauré un recensement des albinos et a mis en place un service policier qui escorte les enfants lorsqu'ils se rendent à l'école. En cas d'attaque, certains ont été équipés de téléphones portables afin de prévenir rapidement la police.
Les hommes politiques ne sont pas en reste. A l'image de MIZENGO PINDA, le Premier ministre. L'année dernière, lors d'une session à l'assemblée nationale sur les albinos, il a fondu en larmes.
"Les albinos sont des êtres humains. Ils ont autant le droit de vivre que vous et moi", déclarait-il avant de marquer un long silence, accompagné de larmes.

 
Les meurtriers risquent désormais la pendaison
MIZENGO PINDA ne jouait pas la comédie.

 Dans la foulée de cette déclaration, il a annoncé l'instauration de la pendaison à mort pour les assassins. En juin 2009, la cour de Shinyanga (dans l'Ouest de la Tanzanie) a d'ailleurs appliqué la sentence à sept meurtriers.
Plus récemment, le 1er février 2010 dernier, le même jugement a été retenu pour quatre tueurs par une autre cour du pays.
Dans ses vœux à la nation, au début de l'année, le président tanzanien JAKAYA KIKWETE a appelé à l'arrêt des assassinats. "Malgré notre campagne nationale, il y a encore trop d'attaques. Pas un seul albinos ne doit mourir pour sa couleur de peau", a-t-il déclaré.
Si 2009 a été moins meurtrier avec sept albinos tués contre 27 en 2008, les attaques, elles, ne faiblissent pas. Plus de 30 ont ainsi été répertoriées au cours de l'année passée. Sans doute en raison de la peine de mort, la tendance des agresseurs est de ne plus tuer systématiquement mais de s'enfuir. En laissant sur place le corps qu'ils ont amputé.