LUMUMBA : LA JUSTICE BELGE SAISIE DE L ' ASSASSINAT .

LUMUMBA : LA JUSTICE BELGE SAISIE DE L ' ASSASSINAT .

 
Mardi  21  juin  2011.
par  Colet te  Braekman .
 
Même 51 ans après l’assassinat de Patrice Lumumba , le devoir de mémoire demeure d’actualité aux yeux de François , Patrice et Roland , les fils du Premier Ministre congolais et de sa veuve , leur exigence de justice demeure inassouvie . C ’est pourquoi FrançoisLumumba a fait le voyage depuis Kinshasa pour déposer , auprès du Tribunal de première instance de Bruxelles , une plainte en bonne et due forme .
 
L’aîné des fils avait assisté , en 2001 , aux travaux de la commission parlementaire qui avait examiné le rôle de la Belgique . Il estime aujourd’hui qu’il faut « aller plus loin que la reconnaissance d’une responsabilité morale . Nous réclamons , entre autres , que toutes les archives de l’Etat belge soient ouvertes , nous voulons aller au-delà des présomptions . . . Il faut tirer de l’établissement des faits toutes les conclusions , d’ordre pénal et juridique . . . » .
 
Pour étayer la mise en cause de l’Etat belge et de divers intervenants , dont une dizaine sont toujours vivants à l’heure actuelle , la familleLumumba souligne qu’à l’époque la Belgique avait débloqué 250 millions de FB ( 6 millions d’euros ) au titre de fonds secrets , pour financer les menées qui allaient conduire à l’élimination physique du Premier Ministre et de ses compagnons d’infortune Maurice M’Polo et Joseph Okito , le 17 janvier 1961 .
 
« En plus de l’argent , la Belgique » , souligne François Lumumba ,« avait mis des moyens logistiques à la disposition des adversaires du Premier Ministre . Cette action était donc préméditée , agencée , calculée , elle visait l’élimination politique et physique deLumumba » .
 
La plainte qui sera déposée cette semaine entre les mains d’un juge d’instruction bruxellois détaillera avec quelle cruauté les trois hommes furent mis à mort , après sévices et tortures et comment par la suite le corps du Premier Ministre fut enterré , déterré , découpé en morceaux , acidifié puis brûlé . Elle rappellera aussi le préjudice infligé à la famille , mais , plus largement , au processus démocratique congolais qui fut brutalement stoppé tandis que le pays plongeait dans une guerre civile qui fit un million de morts et s’engageait dans une crise qui allait se prolonger durant des décennies .
 
Aujourd’hui , la famille de Patrice Lumumba ne veut plus s’en tenir à des positions de principe . Son avocat , Me Christophe Marchand refuse de citer des noms , invoquant la présomption d’innocence , mais il espère bien que la justice fera enfin toute la lumière afin , dit-il , « que l’impunité ne l’emporte pas . . . » .
 
Si la famille Lumumba veut porter l’affaire devant les tribunaux , c’est aussi parce qu’elle a constaté que la « Fondation PatriceLumumba » dont la mise sur pied avait été décidée à l’issue de la Commission d’enquète parlementaire , est restée lettre morte , paralysée par les litiges à propos de son objet et de sa gestion .
 
Pour l’historien Ludo De Witte , cette Fondation , « était surtout une façon d’impliquer la famille , de l’inciter à se taire en évitant ainsi de payer une réparation officielle , non seulement aux héritiers deLumumba , mais au Peuple Congolais lui-même . . . » .
 
 
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La  justice  belge  saisie  de  l ’affaire  LUMUMBA .

Jeudi  23  juin  2011 .
par  Colette  Braekman .
 
Le dernier mot reviendra-t-il à la justice ?
Décus par les conclusions de la commission d’enquête parlementaire belge sur les responsabilités de la Belgique dans l’assassinat de Patrice Lumumba , les fils du Premier Ministre congolais , constitués en partie civile , ont déposé une plainte de 136 pages auprès du Tribunal de première instance de Bruxelles .
 
En cause , un « crime d’Etat » commis par des agents de l’Etat belge , qui seront accusés de crimes de guerre et de tortures , crimes relevant du droit international et qui , selon leur avocat Me Marchand , ne sont pas frappés de prescription . Selon les plaignants ; ce « complot criminel «  a été ourdi et mis en œuvre à différents niveaux :
 
--  le Ministère belge des Affaires étrangères , dirigé à l’époque par Pierre Wigny ,
--  le Ministère des affaires africaines , dirigé par le vicomte Harold d’Aspremont Lynden ,
-- le Bureau-conseil du Katanga , où des fonctionnaires belges assistaient  à l’époque le gouvernement sécessionniste de Moïse Tshombe . 
 
Si les plaignants ont tenu à saisir la justice bruxelloise , c’est parce que , à leurs yeux , c’est dans la capitale belge que le crime a été conçu et préparé , et plus précisément au sein de la « Cellule Congo » .
 
Rappelons qu’en 1960 , alors que la Belgique politique et sociale traversait une période troublée , celle des grandes grèves , l’indépendance du Congo fut préparée au sein d’un cercle très restreint , où se retrouvaient des officiers de haut rang , des diplomates et des fonctionnaires des ministères concernés . Rappelons aussi que durant toute la période coloniale , le sort du Congo , qui ne passionnait guère l’opinion , suscita relativement peu de débats parlementaires et que ceux qui furent appelés à gérer l’indépendance et la crise qui suivit eurent les mains relativement libres .
 
Avant deux semaines , un juge d’instruction devrait être désigné pour examiner la plainte , si elle est jugée recevable . Si l’Etat belge et ses agents seront mis en cause , des personnes physiques seront-elles appelées à répondre ?
 
Même si tous les protagonistes de premier plan ont disparu , une liste de dix noms plus X a été remise à la justice belge . Selon Me Marchand , s’y retrouvent des membres de la « Cellule Congo » et des membres du « Bureau-Conseil » qui travaillaient aux côtés de Moïse Tshombe au Katanga .
 
Me Marchand refuse , de communiquer  les noms des personnes concernées par la plainte , invoquant la présomption d’innocence . On peut supposer cependant que l’avocat belge dispose d’éléments suffisants pour convaincre la justice belge de considérer la plainte comme recevable .
 
Dans ce cas ,  les plaignants espèrent que des dossiers d’archives seront rouverts , des auditions à huis clos ré-entendues et que les investigations mèneront jusqu’aux  archives de pays tels que le Ghana , qui avait des Casques bleus au Congo en 60 ou la Suède , dont  le secrétaire général de l’ONU de l’époque Dag Hammarskold était ressortissant .