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ARCHIVES - Histoire de l'esclavage en Martinique

 Histoire de l'esclavage en Martinique
A SAVOIR PAR TOUS !

Avant 1635 : Colonisation par les Français. L’esclavage est aboli sur la terre de France.
Pierre Belain d’Esnambuc , ancien corsaire normand est envoyé dans les colonies par la compagnie des Iles d’Amérique dont un des principaux actionnaires était le Cardinal de Richelieu.

Richelieu est l’un des pères fondateurs de la colonisation française.

1635 : Colonisation de la Martinique par d’Esnambuc.

1639 : La compagnie autorise l’importation d’engagés (les travailleurs français qui s’engageaient pour 36 mois) d’une part et des esclaves achetés sur les côtes d’Afrique d’autre part.
Le tabac est fabriqué en Martinique et nécessite donc peu de main d’œuvre faite essentiellement du concessionnaire (celui à qui on a donné le terrain sous forme de concession) et des engagés. Au bout de 36 mois, les engagés demandaient à leur tour une concession.

1640 : La compagnie a des difficultés et vend l’île à Dyel Duparquet, un seigneur normand. Les Indiens caraïbes sont les alliés de Duparquet. Un édit du Roi interdit leur mise en esclavage pour des raisons stratégiques.
A l’époque, très peu d’esclaves sont sur les plantations martiniquaises. (environ quelques dizaines).

1645 : Des colons Juifs Hollandais, expulsés du nord-est Brésilien par les Portugais, passent en Martinique où ils apportent les secrets de fabrication du sucre.
La culture de la canne à sucre remplace celle du tabac aux Antilles et fait la fortune de la Martinique au XVIIIe siècle. Avec les premières techniques de distillation du jus de canne, améliorées par le Père Labat dès 1694, s’ouvre l’ère de l’alcool.

Les premières sucreries sont montées en Martinique, les capitaux sont fournis par les marchands des différents ports de France et de la région parisienne.
On se rend compte rapidement que la main d’œuvre engagée est insuffisante pour permettre le développement de la production sucrière. Les négociants et capitaines des navires poussent donc à l’utilisation d’esclaves.

La traite régulière s’organise d’abord avec les Hollandais puis ensuite avec les Français qui montent la compagnie du Sénégal. Celle-ci obtient les primes du Roi de France (Louis XIV) pour chaque tête d’esclave introduite en Martinique.
L’île de Gorée, au large de Dakar, sera l’un des lieux de concentration de la traite française qui part du Havre, de Nantes, de la Rochelle …

La pacotille est échangée contre des esclaves aux trafiquants de la côte des esclaves (du Sénégal jusqu’au Nigeria actuel).

Le 20 Octobre 1670 : Une ordonnance sur l'instruction criminelle fut rendue, laquelle décrétait que "Nul n'avait le droit de mutiler la chair et répandre le sang des esclaves"
Cette ordonnance ouvrait la voie d'une novelle législation.

Le 11 Novembre 1673 : Louis XIV accordait le premier privilège au commerce de la traite.

En 1674 : Louis XIV rend la traite libre sur tout le territoire africain.

En 1676 : Louis XIV participe personnellement à ce traffic par le biais d'un traité passé avec Jean Oudiette.

1685 : Colbert, ministre de louis XIV, synthétise dans un texte sous le nom de "code noir" l’ensemble des instructions concernant les esclaves dans les colonies.

1685-1717 : La Martinique se couvre de sucreries. L’île est revenue dans le domaine Royal.Il faut environ entre 2 et 3 esclaves par hectares plantés en canne. La Martinique a plus d’esclaves que de colons. L’un des problèmes auxquel est confronté le système esclavagiste est double : d’une part il existe une résistance des esclaves sous toutes ses formes (révoltes, empoisonnement, suicide…) et d’autre part le problème de l’équilibre du ratio entre les hommes et les femmes pour permettre la naissance d’esclaves. Il faut donc importer des femmes. Le statut des enfants suit le sort de la mère : un enfant né d’une mère esclave et d’un père libre deviendra esclave.

Le 3 Juin 1712 : Une ordonnance renouvela les prescriptions sur la nourriture et l'entretien des esclaves et porta "interdiction aux maîtres d'appliquer la torture".

1715 : Plus de 1400 expéditions régulières partent de Nantes.

1717 : Révolte des blancs appelée " Gaoulé " contre le gouverneur et l’intendant qui sont renvoyés au régent. Le port de Nantes va être autorisé à s’occuper du trafic de traite des esclaves.

Le 9 Août 1777 : Une déclaration du Roi renouvelle l'interdiction d'amener dans le royaume aucuns noirs, mulâtre, ou autres gens de couleurs, de l'un ou l'autre sexe, sous peine de 3000 livres d'amende, et de renvoyer aux colonies les noirs et mulâtres qui se trouvent dans le royaume.

Le 9 Février 1779 : Un réglement fit interdiction expresse aux gens de couleur libres de s'habiller comme des blancs.

Le 6 Novembre 1782 : Une ordonnance du Roi vint interdire, aux curés et officiers public de qualifier aucunes personnes de couleur libres du titre de "sieur et de dame".

Le 26 Octobre 1784 : Le Roi accorda une prime de quarante livres par tonneau aux armateurs de navires pour la traite, et une prime de soixante livres, par têtes d'esclaves introduit en Guadeloupe et en Martinique.

1787-1788 : La Martinique sert de point de passage du ravitaillement en armes des insurgés américains contre les Anglais.

1789 : Révolution française.
A la suite des pressions organisées par la société des amis des noirs et d’humanistes comme l’Abbé Grégoire, la convention proclame l’abolition de l’esclavage.
La Martinique ne reconnaîtra pas l’abolition contrairement à la Guadeloupe car le groupe de colons mené par Dubucq va être occupé par les Anglais.

Les 13, 15 et 29 Mai 1791 : Avant sa séparation, l'Assemblée Constituante décreta que les gens de couleurs, nés de pères et de mères libres, et ayant les qualités requises, jouiraient des droits des citoyens actifs et seraient admis comme les blancs, dans les assemblées paroissiales et coloniales.

Le 30 Septembre 1791 : L'Assemblée Constituante fit place à l'Assemblée Législative.

Le 24 Mars 1792 : L'Assemblée Législative émit un décret stipulant que l'on procéda sur le champ à la réélection des Assemblées Coloniale et des Municipalités et que tous les hommes libres de toutes couleur pourraient être admis à voter dans les Assemblés Paroissiales et seraient éligibles à toutes les places. Quatre commissaires furent nommés pour les Îles du Vent, avec le pouvoir de ramener l'odre et la paix par tous les moyens.

Le 11 Août 1792 : L'Assemblée Législative supprime la prime d'encouragement à la traite, accordée par le Roi Louis XVI, en 1784.

1793 : Le vicomte Donatien-Marie-Joseph de Rochambeau est envoyé en Martinique, comme gouverneur (ne pas confondre avec le Maréchal de France JB de Rochambeau). Les Anglais essayent d’occuper l’île et Rochambeau mobilise les milices pour résister et incorpore des esclaves dans ses troupes en leur promettant la liberté s’ils se comportent comme des soldats.
On appelera ces esclaves sous la restauration après 1818 "les libertés Rochambeau" et parfois "libres de fait" ou "libres de Savane".
Comme pendant la révolution il est impossible d’exporter les sucres vers la France en pleine guerre révolutionnaire et d’importer la nourriture nécessaire en particulier aux esclaves, ces derniers doivent se débrouiller eux-mêmes pour planter ce qu’ils vont manger. La pression des maîtres sur eux diminue.

Janvier 1794 : Les républicains acceptent de faire appliquer plus franchement la loi égalitaire votée en mars 1792 par la législative. La majorité des libres de couleur change de camp, pendant que leurs anciens alliés négocient la remise de l’île à l’Angleterre. Après la capitulation de mars 1794, les défenseurs de la République sont déportés par les anglais.

Le 4 Février 1794 : Abolition de l'esclavage, votée par la Convention.
Elle est restée sans effet en Martinique, du fait qu’elle soit occupée par les anglais.
C’est la différence avec la Guadeloupe où l’esclavage a été aboli par Victor Hugues, commissaire de la République.

Le 25 mars 1802 : Le traité d'Amiens rend l'île à la France et l ’esclavage est rétabli par Napoléon 1er.

Le 20 Mai 1802 : Napoléon Bonaparte qui dirige la France et l'Empire colonial, rétablit l'esclavage et la traite des noirs conformément aux lois de 1789.

Le 2 Juillet 1802 : Un arrêté renouvelle la déclaration royale de 1777, interdisant le territoire continental aux individus de couleur et l'aggravant par la peine de la déportation.

Le 19 Février 1803 : Un arrêté met en vigueur dans les îles, le Code de la Louisiane. Un article de ce code interdit le mariage entre blanc et noir.

1814-1830 : La majorité des Blancs estime que seuls un régime inégalitaire ignorant la séparation des pouvoirs et le système représentatif permettront la survie de la colonie. Lors de la rédaction de la Charte de 1814, ils obtiennent le rétablissement provisoire des institutions de l’Ancien Régime. Sans précipitation, les gouvernements de la Restauration s’efforceront d’amener les colons à accepter le droit commun.

Le 8 Février 1815 : Lord Castlereagh, au nom de l'angleterre, fit signer aux représentants français, ainsi qu'à d'autres représentants de divers pays, réunis au congrès de Vienne, l'abolition de la traite des esclaves, comme "contraire aux principes d'humanité et de morale universelle".

1822-1826 : La dégradation de la situation économique liée à la taxation des sucres à l’entrée en France, puis au début de l’industrie betteravière, entraîne des résistances. En même temps, hommes libres de couleur et esclaves sont suspectés de tendances séparatistes. On prétend que l’usage du poison ferait partie de leurs arguments.
Au mois d’octobre, des demi-libres se révoltent au Carbet. Les accusations de subversion portées en décembre 1823 contre Bissette, un cadre de couleur, et les déportations massives opérées en 1824 pour décourager les velléités de réformes égalitaires du gouvernement, n’empêchent pas le système représentatif de réapparaître en 1826, sous forme d’un Conseil général, élu par une très petite minorité. Cependant, deux ans après, la réforme judiciaire échoue.

Le 25 Avril 1827 : une prescription est faite aux tribunaux, d'agir sévèrement contre ceux qui se livrent à la traite.

1830-1848 : Le sucre perd un tiers de sa valeur pendant que l’amélioration du sort des esclaves exige des dépenses croissantes.
Dans les habitations, le remplacement de la houe par la charrue allège le travail. Les premiers moulins à vapeur n’amènent pas de changements.

Le 2 Novembre 1830 : L'affranchissement moral de la classe des gens de couleur libres est promulgué; abolissant les réglements qui leurs ôtaient les droits de citoyen, en les assimilant pleinement à la classe blanche. Néanmoins, l’égalité reste limitée.
La préparation des élections au Conseil colonial qui remplace le Conseil général développe l’agitation.

Le 8 Mars 1832 : Une loi déclara libres, les noirs qui seraient trouvés à bord de navires négriers.

Le 12 Juillet 1832 : Une Loi simplifia les formalités pour l'affranchissement des esclaves.

Le 30 Avril 1833 : Par ordonnance royale, la France abolie les peines de la mutilation et de la marque des esclaves.

Le 28 Aout 1833 : L'Angleterre décrète l'abolition de l'esclavage.
A Paris, des hommes comme Tocqueville, Broglie, Lamartine, Bissette et Schoelcher mènent le même combat abolitionniste.

En Décembre 1833 :dans la paroisse de Grand’Anse (aujourd’hui le Lorrain) où, de plus, les planteurs ont refusé la nomination d’un officier de milice de couleur, une révolte, soutenue par la ville de Marigot, entraîne la dissolution de la milice. L’amélioration du sort des l’esclaves est liée à une reprise démographique qui compense l’arrêt de la traite. Elle annihile en partie les efforts de l’Etat qui, après 26 000 affranchissements, n’a vraiment réussi à régler que le sort des libres de fait, personnes affranchies dont la liberté n’était pas reconnue par l’administration.

Le 29 Avril 1836 : Une ordonnance stipule qu'un habitant des colonies amenant en France, avec lui un esclave del'un ou l'autre sexe, celui-ci serait affranchi selon l'ordonnance du 12 Juillet 1832. La même ordonnance indiquait les noms et prénoms à donner à ces esclaves libérés.

Le 11 Juin 1839 : Une ordonnance royale impose le recensement de tous les esclaves des colonies.

Le 14 Mai 1844 : Le gouvernement présenta à la chambre des pairs, un projet de loi amendant celle du 23 Avril 1833, et attribuant aux tribunaux les manquements aux soins, à l'entretien et, la consommation de violence et de cruauté envers les esclaves.

1845 : La première usine, celle de John Thorp, est créée et engendre de nouveaux rapports de forces en réduisant les habitations des alentours au rôle de fournisseur de cannes. En contrepartie, celles-ci n’ont plus besoin du travail de nuit et leurs revenus augmentent. Mais le besoin d’une main d’œuvre, que l’usine ne pourra trouver facilement que lorsque chacun pourra offrir son travail librement, contribue à faire admettre le remplacement de l’esclave par l’ouvrier.

Le 24 Février 1848 : La révolution entraine la chute de la monarchie de Juillet.

Le 4 Mars 1848 : Le gouvernement povisoire nomme une commission pour l'émancipation et déclare :

"que nulle terre française ne peut plus porter d'esclaves"

Le 27 avril 1848 : Le décret d’émancipation est signé à Paris.
Loin de poursuivre les marrons, les maîtres expulsent les fortes têtes.
Des ateliers en grèves réclament cases, jardins et salaires comme attributs de la liberté.

Victor Schoelcher, secrétaire d’Etat à la marine et aux colonies, est un homme très important à cette période. Il est l’ennemi juré de Bissette qui a refusé de le nommer à la Commission d’émancipation. Ses amis se mobilisent pour faire réparer cette injustice. Des émeutes s’en suivent.

Le 22 mai 1848 : Des capitalistes réclament l’émancipation immédiate. Les abolitionnistes, qui attendaient l’arrivée du polytechnicien de couleur Perrinon, reprennent cette solution à leur compte.
Les émeutes du 22 mai ont provoqué la proclamation de l’émancipation onze jours avant l’arrivée du décret. Les nègres ont brisé leurs chaînes ("Nèg pété chenn").
La révolte trouva son point culminant, avec la lutte armée des esclaves de Saint-Pierre.

Le 23 mai 1948 : Le gouverneur Rostoland proclame l'abolition de l'esclavage.
La décision locale d’abolition permet aux Martiniquais de proclamer leur fierté d’avoir pris leurs affaires en main à un moment crucial.

Le 3 Juin 1848 : Le commissaire général, François Auguste Perrinon, mûlatre de Saint-Pierre et membre de la commission du 4 Mars 1848, arrive en Martinique avec le décret officiel du 27 Avril 1848.
L'article 1er, du décret fut modifié pour les Antilles, en instituant immédiatement l'abolition de l'esclavage, sans tenir compte du délai de 2 mois, initialement prévu pour l'application.

En 1983 : La loi n° 83-550 relative à la commémoration de l’abolition de l’esclavage institue la date retenue par chaque département d’outre-mer comme étant fériée.
La date du 22 mai commémore ainsi par une fête régionale (et non nationale) l'abolition de l'esclavage.

 

A LIRE AUSSI:Esclavage en Guadeloupe : les grandes dates

 A VOIR AUSSI:PAROLES D'ESCLAVAGE

B.World Connection à Gorée

B.World Connection:1ere Commémoration de l'Esclavage à Paris le 10 mai 2006

 

 

ARCHIVES - Esclavage en Guadeloupe : les grandes dates

Esclavage  en Guadeloupe : les grandes dates

A SAVOIR PAR TOUS !

Décembre 1644 : importation dans l’île des premiers esclaves.

En octobre 1653, les Caraïbes exaspérés par les dévastations systématiques de leurs villages, attaquent de l’île de Marie-Galante et déclenchent un gigantesque incendie qui pouvait être aperçu de la Guadeloupe.

La répression ne tarde pas.

ARCHIVES - ESCLAVAGE : la Virginie fait acte de repentance

ESCLAVAGE : la Virginie fait acte de repentance 

Archives B.world : (2007-03-02)

- Aux États-Unis, l'Assemblée de Virginie a adopté à l'unanimité samedi une résolution exprimant «les profonds regrets» de cet État du sud pour son passé esclavagiste, espérant ainsi formuler un message symbolique.

 

Les délégués, ou députés de l'État, qui ont parrainé la mesure ont déclaré qu'à  leur connaissance aucun État américain n'a ainsi fait acte de repentance pour l'esclavage, bien qu'une telle mesure soit actuellement à l'étude dans le Missouri.
«Cette session restera dans les mémoires pour beaucoup de choses, mais d'ici 20 ans, je soupçonne qu'une de ces choses sera le fait que nous nous sommes rassemblés et avons adopté cette résolution», a déclaré le délégué démocrate A. Donald McEachin, un des architectes du texte.


La résolution, qui exprime également le regret de la Virginie pour «l'exploitation des Indiens d'Amérique», a été adoptée à la chambre basse par 96 voix contre zéro et par le Sénat lors d'un vote unanime à main levée.


Le texte est non contraignant et ne nécessite pas la promulgation du gouverneur de l'État Timothy M. Kaine.


Selon les termes de la résolution, tout esclavagisme cautionné par les autorités est «la plus horrible de toutes les dépravations des droits de l'Homme et violations de nos idéaux fondateurs dans l'histoire de notre nation, et l'abolition de l'esclavage a été suivi de discriminations systématiques, de ségrégation appliquée, et autres institutions insidieuses et pratiques envers les Américains d'origine africaine qui étaient enracinées dans le racisme, les préjugés raciaux et les malentendus raciaux».


En Virginie, les électeurs noirs devaient verser une taxe et passer un examen d'alphabétisation pour pouvoir voter, jusqu'au moment où ces pratiques ont été condamnées par la justice fédérale.

 La Virginie a également combattu la déségrégation des écoles imposée par le gouvernement fédéral dans les années 1950 et le début des années 1960.

 

 

ARCHIVES - Le regard de Narcisse

 Le regard de Narcisse

Archives B.WORLD : (2006-09-23)

« Comment prendre pour un « pionnier de la civilisation » ce mercenaire blanc, un soudard sans conscience, presque toujours un illettré à la suite de quelque grand aventurier, qui se jetait sur les natifs des trois continents de couleur ?»

 Arturo LABRIOLA – Le Crépuscule de la civilisation.  L’Occident et les peuples de couleur. Paris, 1936

20 mars 2005 : c’est la journée mondiale contre le racisme. Le journal télévisé se déroule sur Arte, la chaîne franco-allemande. On passe un bref reportage sur un « Noir » en Allemagne qui témoigne (je relate de mémoire) : « Je faisais la file à la caisse, un jeune Allemand se retourne, me regarde et dit : « nigger ». Je ne réponds pas. Nous avançons, il se retourne une deuxième fois, et me gifle ». La suite ? Les autres n’ont rien dit, rien entendu, rien vu : le jeune « Noir » a pris son chemin en direction d’une association pour se plaindre, le jeune Allemand a vaqué à ses occupations. Choquant ? Scandaleux ? Révoltant ? J’ose croire qu’il n’y a aucun doute sur la réponse spontanée de la majorité des humains. Il est fort à parier que le jeune Allemand n’aurait pas agressé, juste comme ça, un chien noir en divagation, il est peu certain que le chien aurait encaissé deux agressions sans réagir. Se pose alors les questions suivantes : le « nigger » serait-il, aux yeux du jeune Allemand, un être moins respectable que le chien noir, un être contre-nature qui ne mérite que mépris, humiliations et haine ? De quel droit peut-on tout se permettre à l’encontre du « nigger » qui, pour mille raisons ne se rebelle pas ? Avant d’esquisser une réponse en trois temps à ces questions, il est nécessaire de signaler que si le jeune « Noir » et le jeune Allemand ont, d’après la paléontologie d’aujourd’hui le sahelantropus tchadensis, alias Toumaï comme ancêtre commun, ils n’ont empiriquement pas la même couleur, ils n’ont culturellement ni les mêmes héritages, ni les mêmes horizons.

 

De la domination symbolique de la couleur blanche sur la couleur noire à l’éjection des « Noirs » de la famille humaine par des « Blancs ».

Le jeune Allemand est l’héritier servile d’une culture qui s’enracine dans la Grèce antique, réputée être le berceau de la Civilisation (une et universelle). Les anciens Grecs se sont autoproclamés « Civilisés » et dans le même mouvement, ont forgé le mot « Barbares » à l’intention des non-Grecs. Pourtant dans les premiers monuments de la littérature de cette « Civilisation », deux choses captent l’attention : l’usage outrancier de la force dans l’Iliade (comme l’a brillamment montré Simone Weil[1]) pour s’emparer de tout ce que l’on désire, et la domination symbolique de la couleur blanche (qui cristallise tout ce qui est positif) sur la couleur noire (qui signifie tout ce qui est négatif) dans l’Odyssée. Gavé d’Homère comme tout bon Grec, Hérodote « le père » de l’Histoire n’a pourtant pas hésité à écrire, au sujet des « Noirs » qu’il a vu en Egypte ancienne (Histoires, III, ) : «Leur semence n’est pas blanche, comme celle des autres hommes, mais noire comme leur peau. Les Ethiopiens ont, eux aussi, le sperme de la même couleur ». Et d’ajouter que tous ces gens à la semence noire « copulent en public, comme des bêtes ».

A l’ethnocentrisme débridé de anciens Grecs, dont l’un des fondements est le mythe de Narcisse, il faut ajouter, dans l’élaboration de la culture de l’Europe chrétienne, la malédiction liminaire de Canaan, fils de Cham (Genèse 9, 27) avec les « Noirs » sont identifiés. Avec Rabelais, Ronsard, et Montaigne pour lesquels il y a d’un côté les Européens et de l’autre les « peuples enfants », avec Machiavel pour qui « la fin justifie les moyens », avec Hobbes pour qui « l’homme est un loup pour l’homme », avec Descartes pour qui l’homme doit se rendre « maître et possesseur  de la nature », etc. tous les coups bas, guerres, ethnocides et génocides sont permis, légaux et légitimes. Louis XIV et son ministre Colbert l’ont très vite compris : le premier promulgue le Code noir en 1685, ouvrage juridique monstrueux qui codifie l’esclavage des « Noirs », esclavage que les clergés intellectuels et religieux ont légitimé. De 1685 à 1818, les « Noirs » sont interdits de séjour en France et ce n’est qu’en 1848, qu’ils cessent d’être des « biens meubles » pour se retrouver dans l’antichambre de l’humanité. La toute première abolition de l’esclavage dans les colonies française a été arrachée dans le feu et le sang par le  « Noir » Toussaint Louverture et de ses compagnons de lutte, la seconde abolition est celle de la Convention, la troisième a été porté au sein de l’Assemblée française par Victor Schoelcher. Aujourd’hui, l’Histoire officielle ne se souvient que de la dernière, son auteur étant entré au Panthéon, alors que Toussaint Louverture, le « Noir » général de l’armée française est laissé au seuil du Panthéon. Quelle mémoire pour la France d’aujourd’hui ?   

Dans l’antichambre de l’humanité

            Malheureusement pour le jeune « Noir » et tous les « Noirs », ce n’est pas par décret que l’on passe de plusieurs siècles de déni d’humanité, du statut de « biens meubles » à celui d’humains, voire citoyens. « Nigger », cela veut dire « nègre », défini comme suit en 1820, par J.-CH. Laveaux : « Nègre s. m. négresse s. f. On appelle ainsi une race d’homme, ou plutôt une espèce distincte d’hommes, de couleur noire, à cheveux frisés, à nez épaté, à grosses lèvres, avec des mâchoires prolongées en museau, et qui habite dans la plus grande partie de l’Afrique, de la Nouvelle-Guinée, et dans quelques autres lieux de la terre où elle a été transportée   (J.-Ch. Laveaux) »[2].

Dans le même siècle (XIXe), plusieurs élites européennes se révèlent idéologues du racisme anti-Noir et de la colonisation, la traite transatlantique et l’esclavage des « Noirs » étant passés de mode. Ecoutons deux éminents penseurs (d’Allemagne et de France) de la culture européenne donnant de la voix au sujet de l’Afrique et des « Noirs » :

            - Hegel (G.W.F): « Ce que nous entendons proprement par Afrique, c’est ce qui est sans histoire et fermé, ce qui est encore entièrement empêtré dans l’esprit naturel et qui devait ici être simplement indiqué au seuil de l’histoire mondiale »[3]

- Hugo (V) : « Quelle terre que cette Afrique ! L’Asie a son histoire, l’Amérique a son histoire, l’Australie a son histoire ; l’Afrique n’a pas d’histoire. (…) Cette Afrique farouche n’a que deux aspects : peuplée, c’est la barbarie ; déserte, c’est la sauvagerie (…)  Au dix-neuvième siècle, le blanc a fait du noir un homme ; au vingtième siècle, l’Europe fera de l’Afrique un monde. ( …) Allez, Peuples ! emparez-vous de cette terre. Prenez-là. A qui ? A personne. Prenez cette terre à Dieu. Dieu donne la terre aux hommes, Dieu offre l’Afrique à l’Europe. Prenez-là… »[4].

Narcisse ne veut ni ne peut recevoir, il ne peut ni ne veut donner : il prend. La chasse n’est-elle pas son loisir favori ? Allez donc trouver, si vous le pouvez, une différence entre Narcisse et l’Europe ? Bien évidemment, en matière d’incarnation contemporaine de Narcisse, il vaut mieux avoir affaire à Bill Clinton, qui joue du saxophone et court les jupons, plutôt qu’à Georges W. Bush, qui trafique armes et pétrole et sème la terreur à travers le monde au prétexte qu’il est en chasse aux terroristes.   

Le reflet du regard

Il n’y a pas qu’en amour où tout est dans le regard. En toute chose, tout est dans le regard. Là encore, il nous faut sonder le berceau de la civilisation européenne. Le regard de Narcisse est entièrement fixé sur lui-même : il regarde les autres mais il ne voit que lui-même, il ramène tout à lui-même. Il regarde les autres sans les voir : autour de lui, c’est proprement le vide. Narcisse c’est la sécheresse et le vide du cœur, c’est l’insensibilité et l’indifférence à l’état brut. Mais l’Europe, et plus amplement l’Occident, sont-ils différents ?

De l’antiquité grecque à nos jours, la civilisation occidentale s’est lancée dans le processus irréversible de la domestication : domestication de soi et domestication de l’altérité, domestication de l’intériorité et domestication de l’extériorité. Son rapport privilégié à soi, aux autres et à son environnement n’est pas la compréhension, mais la connaissance. Au « Connais-toi toi-même » de Socrate, il faut préférer non seulement « Comprends-toi toi-même », mais surtout « Comprenons nous ». En se fourvoyant dans la connaissance plutôt que de se lancer dans la compréhension, le Grec, l’Européen, l’Occidental s’est forgé un regard narcissique, un regard qui est son propre reflet, un regard chargé de codes, de normes, de préjugés, d’images, de clichés, de stéréotypes par lui élaborés et transmis de génération en génération, de siècle en siècle. Du coup, lorsque le jeune Allemand a vu le jeune « Noir », il a vu rouge, il a vu un être qui n’est pas à son image, lui qui a été crée à l’image de Dieu.

Nous sommes en 2007 et les agressions verbales, physiques et crimes contre les « Noirs » se multiplient partout dans la « vieille Europe » : en mai 2006, un haut responsable politique Allemand a conseillé aux « gens d’une autre couleur » d’éviter certains quartiers de l’ex-RDA car leur sécurité n’y est pas garantie. La suprématie de la « race blanche », appliquée à la « race blanche » elle-même par le nazisme et officiellement morte à Nuremberg, n’a jamais rendu l’âme pour les autres, pour les « Noirs » en particulier. Couleur maléfique et couleur du maléfice, le noir reste encore en bas de la hiérarchie des couleurs, malgré les efforts de Pierre Soulages, Sonia Rykiel et quelques autres. Mais pour les « Noirs », à quand l’égalité dans la différence avec les « non-Noirs », à l’instar de l’égalité du noir et du blanc dans le taoïsme ? Le partage d’une mémoire commune commence par la restitution immédiate et sans condition aux « Noirs » l’humanité dont ils n’ont pas cessé d’être spoliés symboliquement depuis l’antiquité, dont ils ont été dépouillés juridiquement de 1685 à 1848. L’abandon du regard narcissique, non pas au profit du regard d’Aphrodite qui verrait en Saartjie Baartman (1789-1816) « la Vénus Hottentote », mais du regard humain, totalement humain est la condition sine qua non d’un présent apaisé et d’une mémoire partagée, mais aussi le gage d’un avenir enchanteur.

Tout en oeuvrant à la transformation de cet avenir enchanteur en présent enchanté, dégustons ce poème qui m’a été offert par Jacky Bind, mon ami Alsacien :

Arc-en-ciel

 

Quand tu nais, tu es rose

Quand tu grandis, tu es blanc

Quand tu as peur, tu deviens vert

Quand tu vas au soleil, tu es rouge

Quand tu as froid, tu es bleu

Quand tu meurs, tu deviens violet.

 

Quand je nais, je suis noir

Quand je grandis, je suis noir

Quand je suis malade, je suis noir

Quand j’ai peur, je suis noir

            Quand je vais au soleil, je suis noir

            Quand j’ai froid, je suis noir

            Quand je meurs, je suis encore noir.

 

            Et vous avez le toupet de m’appeler «homme de couleur » !

 

 

 

Poème populaire d’Afrique du Sud.

 

   

                        Bassidiki COULIBALY      (auteur du livre : " Du crime d'être Noir)

 



[1] . S. Weil – « L’Iliade ou le poème de la force », in La source grecque. Paris, Gallimard, 1953.

[2] . J.-Ch. Laveaux - Nouveau dictionnaire de la langue française, Paris, 1820, in C. Liauzu – Race et civilisation. L’autre dans la culture occidentale. Anthologie critique. Paris, Syros/Alternatives, 1992, p.211

[3] . Hegel (G.W.F) – Leçons sur la philosophie de l’histoire. Traduction J. Gibelin, Vrin, 1979,  p.80.

[4] . Hugo (V) – Actes et paroles, III. Depuis l’exil, 1870-1885, Mes fils. Paris, Albin Michel, 1940, pp.328/239/340

ARCHIVES - SOLITUDE LA MULATRESSE Martyre de l'esclavage

SOLITUDE LA MULATRESSE Martyre de l'esclavage

Archives B.WORLD : (2006-10-02)
Sylvia Serbin - Extrait REINES D'AFRIQUE

    Le 29 novembre 1802, sur l'île de la Guadeloupe, une femme est conduite à l'échafaud par ordre de la France de Bonaparte redevenue esclavagiste. Elle a trente ans. Son nom est Solitude, la mulâtresse Solitude à cause de sa peau très claire, souvenir du viol d'une captive africaine entravée, dans le bateau qui l'entraînait vers les Antilles.
La veille seulement, Solitude a mis au monde l'enfant qu'elle portait, aussitôt arraché de son sein pour s'ajouter aux biens d'un propriétaire d'esclaves. Elle aurait dû être exécutée il a six mois déjà, mais les colons ne voulaient pas de gâchis : ce ventre animé pouvait rapporter deux bras de plus à une plantation.

 

  Huit ans plus tôt, dans l'euphorie de l'après Révolution française, l'abolition de l'esclavage avait été décrétée dans cette colonie malgré l'opposition des planteurs blancs qui en contrôlaient l'économie. Libérés de leurs chaînes, les Noirs sont nombreux à s'éloigner de leur environnement de servitude pour tenter de se reconstruire une vie bien à eux loin de la tyrannie des anciens maîtres.

   Certes, il a fallu cinq ans de débats houleux aux parlementaires parisiens pour savoir si les Droits de l Homme et du Citoyen proclamés en 1789 devaient s'appliquer aux Nègres, considérés à l'époque comme des êtres inférieurs. En outre, les humanistes français de la Société des Amis des Noirs, partisans d'un adoucissement de l'esclavage, n'avaient pas la virulence des philanthropes anglais engagés dans la lutte contre la traite négrière.

  Les représentants des grands planteurs ont d'ailleurs averti l'Assemblée : « Le pacte social voté pour les individus de la nation française ne pouvait avoir une acceptation universelle ; or les Nègres et les gens de couleur n'ont jamais fait partie de la nation française. Étrangers tirés des climats les plus éloignés, achetés par les colons des mains de négociants français, pouvaient-ils être appelés à ce contrat fait pour des hommes libres ? [...] Abolir la traite entraînerait l'abandon de nos colonies, une crise fatale pour notre marine et notre commerce, la fermeture de nos usines en France même et par conséquent le chômage de la moitié des ouvriers français. Ce serait donc non seulement la ruine des colons, mais une catastrophe pour l'économie nationale. » Le lobbying esclavagiste est entendu. Les colonies sont placées sous autonomie interne maintenant le statu quo.

Or sur place, certaines catégories de la population ont bien retenu cette proclamation sur les « droits naturels et imprescriptibles de l'homme que sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l'oppression ». Et spécialement son premier article qu'ils ont gravé dans leur tête : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. » Ils ne doutent pas qu'elle puisse s'appliquer à eux. Ce sont en majorité des métis ainsi que des Noirs libres et affranchis, tenus en marge de la société par la discrimination blanche. Ils vivent de leur métier manuel, du négoce ou de leurs propres plantations et certains d'entre eux ont même commencé, à force de travail, à faire fortune. Parmi eux se trouvent des personnes instruites qui lisent les journaux et savent ce qui se passe ailleurs. Ils adressent une pétition à l'Assemblée constituante, lue par leur avocat : « Les gens de couleur sont hommes libres et citoyens français. Nous ne demandons pas une faveur. Nous réclamons les Droits de l'Homme et du Citoyen. Je me demande de quel droit les Blancs ont exclu un pareil nombre d'hommes de couleur libres, propriétaires et contribuables comme eux. »

À l'époque de la Révolution française, la population de la Guadeloupe est évaluée à près de 100 000 esclaves, 14 000 Blancs et plus de 3 000 métis et Noirs libres ou affranchis. Les Français, arrivés sur l'île en 1635, en avaient massacré les tribus indiennes, qui les avaient accueillis avec hospitalité, et s'étaient mis à importer des Africains du Ghana, du Togo, du Dahomey (actuel Bénin), de la Côte d'Ivoire, du Nigeria et un peu aussi du Cameroun, du Gabon, du Congo et d'Angola, afin d'y produire de la canne à sucre, du tabac, du café, du coton, du cacao et des vivriers.

Dans la société guadeloupéenne en formation, ils occupent donc le sommet d'une pyramide caractérisée par une ligne de fracture entre grands Blancs et petits Blancs. Les premiers regroupaient ceux dont les noms à particule indiquaient l'ascendance noble, ainsi que des rejetons de familles aristocratiques ayant émigré dans les colonies pour faire oublier leurs frasques ou déçus de la métropole. Venaient ensuite de gros négociants, de riches bourgeois, des fonctionnaires, des officiers de l'armée et d'anciens capitaines de navires négriers. Les domaines des planteurs, appelés habitations, étaient constitués d'une plantation avec la maison du maître et ses dépendances, les cases des travailleurs, les hangars à bétail. Les exploitations sucrières disposaient en outre de bâtiments affectés à la fabrication du sucre et du rhum : manufacture, moulin, usine, dépôts et ateliers.

Tandis que les propriétaires d'exploitations caféières ou vivrières, employant une main-d'oeuvre réduite, appartiennent plutôt à la couche moyenne, l'aristocratie sucrière forme un monde clos qui règne sur des habitations de 100 à 300 esclaves. Le maître toutpuissant y administre sa propre justice et possède sa prison, son infirmerie, sa chapelle. Aucun pouvoir extérieur n'a de prise sur lui et pour gérer son troupeau d'esclaves, il est aidé d'intendants, de gérants, de contremaîtres et d'une milice. Composée à l'origine de tous les hommes blancs en âge de porter une arme, soit 2 200 hommes, celle-ci s'ouvrira à partir de 1785 à des Noirs affranchis.

Loin d'être homogène, la communauté des esclaves a aussi ses catégories : les domestiques (servantes, couturières, valets, cuisiniers), mieux nourris, mieux traités, mieux habillés, qui n'ont qu'une crainte, celle de perdre le statut privilégié que leur confère la proximité avec les Blancs, pour être renvoyés parmi les Nègres de la plantation qu'ils couvrent de leur sentiment de supériorité ; les ouvriers utilisés dans l'industrie sucrière, les artisans de l'habitation (tonneliers, charpentiers, maçons, forgerons) et les petits producteurs qui pourvoient à l'intendance (pêcheurs, producteurs de vivriers, chasseurs).

Quant aux nègres de houe ou de jardin, qui constituent plus de 90 % des Noirs de l'habitation, ils travaillent toute l'année, de quatre heures du matin au coucher du soleil, à labourer la terre, couper la canne, récolter le manioc, réparer les chemins, nettoyer les canaux, ramasser du bois de chauffage ou de la paille pour les animaux, préparer le fumier, semer les plants. Et ce, sous la menace permanente des coups de fouets qui régissent leur vie comme des épées de Damoclès.

Les petits Blancs représentent un peu moins de la moitié des Européens de l'île. Anciens marins et soldats, ils sont devenus intendants, contremaîtres de plantations, petits planteurs ou artisans et boutiquiers dans les villes et les ports. Ils détestent la morgue méprisante des grands Blancs dont ils envient la fortune, traitent les esclaves avec férocité et en veulent aux gens de couleur qui les concurrencent dans des activités artisanales et commerciales. Quant aux femmes blanches, elles sortent pour la plupart du ruisseau parisien ou de prison et se sont racheté une virginité en foulant le sol antillais, pour devenir, par de chanceuses unions, de « grandes dames » de la société créole.

Parmi les non-Blancs, les gens de couleur, fruits du droit de cuissage des maîtres sur les jeunes négresses, tiennent à se démarquer des autres Noirs libres, considérant les gouttes de sang blanc qui coulent dans leurs veines comme un passeport social. Cependant, tous ne sont pas libres, l'octroi de ce statut dépendant de la volonté du géniteur blanc. Comme on craignait sous Louis XIV qu'une augmentation des « sang-mêlé » ne vienne désorganiser la hiérarchie sôciale, Colbert édicta en 1685 un Code noir destiné à réglementer le statut des esclaves. Les relations interraciales y étaient réprouvées et le fait d'être père d'un mulâtre jugé infamant. Les Blancs coupables de mésalliances s'exposaient à être déchus de leurs droits et ne pouvaient transmettre de titres à leurs descendants colorés.

Mais ces mesures ne freinant en rien la libido exotique des coloniaux, les autorités françaises finirent par s'en prendre directement aux gens de couleur. Il fut d'abord décrété que leur statut dépendrait désormais de celui de leur mère : ils ne seraient considérés comme libres que si celle-ci l'était déjà. Puis, l'accès aux emplois publics, aux métiers assermentés et à certaines professions libérales, telles qu'avocat, médecin, orfèvre ou apothicaire, leur fut interdit. Ils étaient tenus de s'effacer devant les Blancs en toutes circonstances, étaient placés à l'écart sur le bateau ou au théâtre et recevaient l'eucharistie en dernier à l'église. Dans un univers de dépendance aussi figé, on comprend leur sentiment de révolte lorsqu'ils se rendirent compte que la Déclaration des Droits de l Homme risquait de leur passer sous le nez !

 

Les premières révoltes éclatèrent en 1790 dans la colonie française de Saint-Domingue (Haïti d'aujourd'hui), où une rébellion de trois cent cinquante mulâtres fut noyée dans le sang par les forces de l'ordre. En Guadeloupe, la pendaison de meneurs en place publique ne freine en rien les soulèvements sporadiques qui agitent l'île entre 1790 et 1792. Ce fut quand même un choc pour la métropole, peu habituée à des révoltes noires de cette ampleur. Après la proclamation de la République en 1792, l'Assemblée législative finit par lâcher du lest en autorisant les hommes de couleur et les Noirs libres et affranchis à devenir citoyens français.

Pendant ce temps, Solitude, prisonnière de sa plantation, devait encore ronger son frein comme tous les autres esclaves. Pas pour très longtemps cependant car les désordres de la Révolution française n'allaient pas tarder à fissurer l'ordonnancement bien huilé de cette organisation oppressive. La scène de la mise à mort de l'Ancien Régime devait, en effet, se jouer aussi sur ce petit théâtre des Caraïbes avec les grands planteurs blancs dans le rôle des royalistes et les petits Blancs dans celui des patriotes, chaque camp armant ses esclaves pour les placer en premières lignes des affrontements.

C'est que les nouvelles mettaient deux mois à arriver de métropole par bateau ; les événements français se répercutaient donc dans les territoires d'Outre-mer avec un petit décalage. Aussitôt que fut connu le guillotinage en janvier 1793 du roi Louis XVI, le régime local de la Terreur commença aussi à faire rouler ses têtes. Des familles entières de planteurs furent massacrées et leurs biens, ainsi que ceux du clergé, confisqués par les représentants

blancs de la Convention républicaine. Il faut dire que les religieux, également propriétaires d'habitations, maniaient le fouet comme les autres maîtres ; les Frères de la charité possédant deux sucreries et 180 esclaves, les Dominicains, deux sucreries et 80 esclaves, et les jésuites, une grande exploitation de 312 esclaves.

Traquée par les petits Blancs républicains, une partie de l'aristocratie de l'île trouva son salut dans la fuite vers la Martinique voisine, alors investie par les Anglais et donc coupée des idéaux révolutionnaires. Profitant de l'anarchie ambiante, des esclaves téméraires commencèrent à déserter les ateliers pour fuir vers les bourgs sensibles aux idées nouvelles de liberté et d'égalité, tandis que d'autres prenaient la piste des mornes les plus lointains. Ces derniers étaient désignés sous le nom de Nègres marrons, du mot espagnol cimarron, « celui qui fuit son maître ». Car sous le drapeau républicain, le manche du fouet était juste devenu tricolore et les navires continuaient de déverser leurs tonnages de cargaison humaine, encouragés par la prime au commerce négrier accordée par l'État français.

Enfin l'abolition de l'esclavage ! La Convention décrète le 4 février 1794 que « Tous les hommes sans distinction de couleur domiciliés dans les colonies devenaient des citoyens français jouissant de tous les droits garantis par la Constitution » et charge un nouvel administrateur de porter à la Guadeloupe le décret d'abolition. En quittant Brest avec sa flotte d'un millier d'hommes, celui-ci n'a pas oublié d'emporter une guillotine dont il entend faire bon usage pour nettoyer l'île de ses résidus de colons royalistes. Or, ce qu'ignore alors la métropole, c'est que sa colonie est occupée depuis deux mois par 4 000 soldats anglais qui s'y sont introduits avec la complicité du dernier carré de royalistes locaux. Avec la proclamation de la République, la France s'était en effet retrouvée face à une coalition européenne d'empires et de royautés prête à en découdre pour un retour de la monarchie. Parmi eux, l'Angleterre, maîtresse du commerce maritime, très tentée par les îles à sucre françaises.

Prévenu de la présence ennemie par de faux pêcheurs en canot croisant au large de la Guadeloupe, Victor Hugues, déjouant la surveillance des frégates anglaises, accoste au Gosier le 7 juin 1794 et fond sur la garnison anglaise, déconcertée par l'effet de

surprise. Puis il entre dans Pointe-à-Pitre, conscient que ses troupes, malmenées par cet affrontement imprévu et en proie à une épidémie de fièvre jaune, ne pourront venir seules à bout de l'occupant. Aussitôt arrivé sur la place de la Victoire, il officialise la libération des esclaves : « Un gouvernement républicain ne supporte ni chaîne, ni esclavage ; aussi sa la Convention nationale vient-elle de décréter solennellement la liberté des Nègres [...]. », et lance dans la foulée un appel à l'enrôlement de volontaires pour défendre la patrie. Puis il annonce à la cantonade - et sa requête n'en aura que plus de poids - que tout homme ramenant avec lui 10 hommes sera nommé caporal ; plus de 10 hommes, sergent ; 25 hommes, sous-lieutenant ; 50, lieutenant, 100 et plus, capitaine. Un processus tout à fait conforme, semble-t-il, aux procédures révolutionnaires qui nommaient des généraux de vingt-cinq ans.

La nouvelle de l'abolition fit le tour de l'île en un éclair. Les tambours et les trompes avaient à peine fini d'en relayer l'annonce vers les habitations les plus reculées que les esclaves abandonnèrent les plantations en masse et se précipitèrent sur Pointe-à-Pitre pour ajouter à l'allégresse ambiante. Ce jour-là, Solitude est parmi les milliers de pauvres hères incrédules qui, les larmes aux yeux, commentent sur la place le décret de la République. Elle voit des hommes éperdus de reconnaissance sortir de la foule et s'avancer vers l'estrade où le chef blanc harangue le peuple. Et c'est ainsi que trois mille esclaves pieds nus et pantalons troués et des centaines de Libres rallièrent en masse l'appel de Victor Hugues qui les habilla aux couleurs de la République et en fit le premier bataillon de sans-culotte.

Jetée à l'assaut des forces anglaises après un entraînement intensif, l'armée des nouveaux citoyens libéra la Guadeloupe en six mois de combats acharnés. Ce qui permit ensuite au Commissaire de la République de s'occuper de ses vrais ennemis, les contre-révolutionnaires, fusillés ou envoyés par charretées entières à la guillotine.
En vertu de jugements expéditifs délivrés par le tribunal ambulant mis sur pied à cet effet, un bon millier de cous monarchistes, ou supposés tels, seront tranchés jusque dans les plus petits recoins de l'île.

Après avoir reconquis leur pays, les Guadeloupéens espèrent maintenant jouir de l'acte libérateur qui, pour eux, symbolise la reconnaissance par la France que la prospérité des colonies s'est aussi faite sur le dos des Nègres. Citoyens français, il leur faut maintenant une existence légale, eux qui ne possèdent pour toute identité qu'un prénom, un matricule et les initiales de leur maître gravées au fer rouge dans leurs chairs. Ils se pressent devant les bureaux d'état civil. Plumes en main, les commis blancs de l'administration les attendent de pied ferme. Comment distribuer la cocarde de citoyen à cette houle indistincte de faces noires qu'ils n'ont jamais considérées autrement que comme des bêtes de somme ?

Avec des ricanements, les patronymes sont fixés sur les registres pour l'éternité, en évitant autant que possible les noms des Blancs de la colonie. Noms d'arbres : Prunier, Pommier, Manguier ; de fleurs et d'animaux : Rosette, Corbeau, Zébu. Au suivant ! Un coup d'oeil sur le dictionnaire : Châtaigne, Chalumeau, Chérubin, Fantaisie, Jolicoeur. Au suivant ! Personnages illustres : Annibal, Darius, Cicéron, Caton, Charlemagne, Ninon, Minerve. Anagrammes à multiples variantes : Etilagé pour égalité ou Etrebil pour liberté. Au suivant ! Noms de lieux : Bordelais, Nankin. Noms de maîtres inversés : Gélambé pour Bélanger. Prénoms accolés ou fantaisistes : Fetnat, parodie de Fête nationale, pour ceux nés un 14 juillet. Oui, une bonne farce que de désigner à la moquerie et au ridicule ces Noirs analphabètes que la République prétendait leur imposer comme concitoyens !

Solitude n'a pas besoin de nom. Les autres l'ont toujours appelée la mulâtresse Solitude. Elle est née vers 1772, dans le domaine du planteur Du Parc, sur la commune de Capesterre. Ce dernier l'a prénommée Rosalie car, à l'instant de son premier vagissement, mourrait une vieille esclave ainsi prénommée. Jaugeant plus tard son teint clair, son beau visage et ses cheveux lisses, le maître a

décidé qu'elle serait parfaite pour servir à sa table. Sa mère était une vraie Africaine, violée par un marin à bord du bateau qui l'avait arrachée aux siens.
Puis un jour, on les sépara. Solitude devait être élevée dans la maison du maître et sa mère n'avait plus le droit de l'approcher. De désespoir, la pauvre femme échappa nuitamment aux chiens de garde et prit la route du marronnage. Alors, l'enfant, qui n'était guère bavarde, se mura dans le silence et ne répondait que quand elle y était contrainte. On lui apprit le français, la couture et la harpe pour jouer avec la fille du maître à peine plus âgée qu'elle. Petite, celle-ci s'amusait déjà à la fouetter violemment lorsque, montée sur son dos, elle lui disait : « Tiens, fais le cheval! » Puis Solitude se retrouva un jour dans une autre habitation, et plus tard encore sur un champ de cannes.

En 1794, sa liberté acquise, elle ne cherche pas à s'intégrer dans le moule que la République offre à ses citoyens noirs. Elle choisit de rejoindre au camp de Goyave une communauté de Nègres marrons retranchés dans les mornes et les bois. Ce qu'elle a vécu dans l'enfer des habitations, elle préfère l'enfouir aux tréfonds de sa mémoire, sachant bien qu'elle ne pourra jamais oublier... Les viols des maîtres, contremaîtres et intendants qui se sont acharnés sur ce corps de nacre sans arriver à en flétrir la fierté même si ses yeux noisette plongés dans un abîme de tristesse en conservent la marque. Les avortements clandestins, où l'on risquait sa vie entre les mains de rebouteuses, aux plantes plus ou moins efficaces.

Elle se souvient de cette petite Négresse de quinze ans maintes fois abusée qui, doucement, en le couvrant de baisers, avait enfoncé une pointe dans le crâne de son bébé pour lui éviter l'horreur de l'esclavage. Le maître avait été si furieux de perdre ainsi une future force de travail qu'il avait réuni tous les esclaves pour assister au supplice. Et ils étaient restés là des heures à regarder ce corps nu attaché à un poteau et badigeonné de mélasse sucrée, tandis que jusqu'à son dernier souffle la malheureuse ne cessa de brailler des malédictions à l'endroit du maître, pour ne pas sentir les colonnes de fourmis carnivores, les mouches dévorantes, les guêpes et les abeilles qui la grignotaient à petit feu.

Solitude connaissait l'arsenal utilisé pour soumettre les îéL-a1(I trants : chaînes, fers aux pieds, entraves, carcans, garrot, rollicrti de fer dont les pointes empêchaient de dormir, cachots, potence;

et aussi ces masques de fer blanc fixés sur la bouche pour cinhécher à l'esclave affamé de sucer même une tige de canne à sucre. Elle avait appris à dompter la révolte qu'elle sentait gronder en elle, face à la jouissance du maître faisant introduire un épieu incandescent dans la croupe d'un Nègre. Ou bien lorsqu'on contraignait une mère à appliquer sur le corps sanguinolent d'un fils, écorché par les coups de nerf de boeuf, un mélange de sel, de piment, de poivre, de citron et de cendre brûlante, pour accroître la douleur tout en évitant qu'une gangrène ne vienne écorner le capital humain. Elle en avait vu gicler du sang lorsque le Blanc mutilait un poignet, coupait un pied, tranchait une oreille ou lacérait les parties sexuelles d'un téméraire qui avait tenté de fuir le paradis de son propriétaire. Et puis les lynchages. Chaque habitation avait son gros arbre qui n'attendait que la corde à serrer autour d'un cou noir.

Que de fois elle avait fermé les yeux devant l'insoutenable : un contremaître hilare versant de la cire enflammée, du lard fondu ou du sirop de canne bouillant sur un Nègre hurlant, maintenu dénudé au sol par quatre piquets. Elle avait pleuré ses compagnons d'infortune grillés vivants dans des fours à pain ou enfermés dans des tonneaux à intérieur piqué de clous, que l'on faisait ensuite dévaler le long d'une pente. Elle s'était mordue les doigts au sang devant l'effroi de ces hommes ligotés, dont la bouche et l'anus avaient été bourrés de poudre explosive, avant qu'on n'enflamme la cordelette qui en dépassait. Elle avait lu aussi l'humiliation de ceux qu'on obligeait à manger leurs excréments, boire de l'urine et avaler la salive des autres esclaves, pour avoir mal répondu à un Blanc. Ô respect pour ces hardies empoisonneuses, dont les décoctions de plantes, inodores et sans saveur, mélangées à de la soupe, foudroyaient en quelques heures un maître maudit. En attendant, courber l'échine. Juste pour rester en vie et voir un jour la fin de tout ça.

L'euphorie de l'abolition fut de courte durée. Comment, en effet, redémarrer la production agricole désorganisée par la libération des Noirs ? Après cent soixante ans d'une féroce oppression, ceux-

ci refusent désormais de travailler dans les mêmes conditions. Certains se livrent à des actes de sabotage des récoltes, d'autres règlent leurs comptes aux maîtres qui les maltraitaient et viennent la nuit égorger les énormes dogues mouchetés qui plantaient leurs crocs dans le dos des fuyards.

Pour faire revenir la main-d'oeuvre sur les habitations, le Commissaire de la République institue un système de travail forcé. Les nouveaux affranchis non incorporés dans l'armée sont invités à réintégrer leurs anciennes exploitations sous peine de prison en cas de désobéissance. On promet toutefois d'obliger les propriétaires à les'rétribuer sous contrôle de l'autorité publique. Mesure dont l'effectivité n'a jamais pu être attestée. Bah ! Ce n'est pas vraiment l'esclavage et les châtiments meurtriers ne sont plus de mise. Nombre de ces travailleurs ont eu la satisfaction de voir déporter ou décapiter leurs maîtres honnis. De plus, l'incorporation au patrimoine de la République des exploitations arrachées aux royalistes a permis d'instituer un système de fermage plus profitable aux paysans noirs. Alors...

Il faut dire que la masse des anciens esclaves n'est plus aussi indistinctement compacte. Les éléments les plus dynamiques de cette communauté, majoritairement pénétrés des idées révolutionnaires, ont rejoint les rangs de l'armée et jouissent d'une certaine considération vécue comme une revalorisation morale et sociale. Par ailleurs, nombre de ceux qui avaient fui les habitations dans le cafouillage de la période révolutionnaire sont installés comme cultivateurs sur un lopin de terre. D'autres se sont mis à leur compte dans les bourgs, se faisant oublier dans l'anonymat de la ville sous un nouveau statut d'artisans. Quant aux plus réfractaires, ils ont choisi la clandestinité du marronnage.

Justement, les autorités de l'île voient d'un mauvais oeil ces regroupements de Noirs livrés à eux-mêmes, suspects d'avoir fui la liberté, l'égalité, la fraternité et le travail forcé. Ils se sont construit des huttes de branchages et des cabanes de planches loin de toute collectivité administrative et ont planté leurs carrés d'ignames sous la frondaison de bois inaccessibles. En ville, on raconte qu'ils descendent la nuit de leurs mornes pour voler dans les récoltes et soustraire quelques cabris afin d'améliorer

leurs frugales rations. On dit aussi que les rebelles qui s'en prennent aux planteurs et aux contremaîtres sadiques pour se venger des sévices passés trouvent refuge dans leurs campements. Aussi l'armée les traque-t-elle sans répit, décimant les bandes organisées et les groupes en divagation.

En février 1798, les gardes nationaux blancs du nouveau chef de la Guadeloupe, le général Desfourneaux, attaquent par surprise le campement de Goyave et anéantit sous les obus presque tous les Marrons qui s'y trouvaient avec femmes et enfants. Solitude et quelques survivants en ont réchappé de justesse. Elle se trouvait en effet à mi-chemin du camp lorsqu'elle avait entendu le hululement des conques de lambis des guetteurs postés à flanc de montagne pour surveiller les intrus. Sentant le danger, elle avait détalé dans les profondeurs de la forêt. Après le carnage, elle était remontée sur la colline, avait consolé les rescapés, enterré les morts et reformé un petit noyau qui, pendant près de quatre ans, d'un bout à l'autre de l'île joua à cache-cache avec les milices.

jPendant ce temps, l'histoire poursuivait son cours. En France, un eune général de vingt-cinq ans auréolé de victoires militaires s'emparait du pouvoir en 1799. Accueilli en sauveur de la République, Napoléon Bonaparte s'attelle à réorganiser le pays. Mais pour lui, restaurer l'ordre dans les colonies, c'est y rétablir totalement l'esclavage. Son épouse, Marie-Josèphe (dite oséphine) Rose Tasher de la Pagerie, veuve de Beauharnais, est une fille de colons de la Martinique et elle l'a sensibilisé aux problèmes de l'économie sucrière. Un homme de poigne sera désigné pour cette mission : le contre-amiral Lacrosse.

Dès son arrivée à Pointe-à-Pitre en mai 1801, celui-ci décide de frapper un grand coup en brisant l'armée coloniale et les élites antillaises. Son objectif : neutraliser certaines personnalités susceptibles d'organiser une résistance au rétablissement de l'esclavage. L'exemple du général noir haïtien Toussaint Louverture, prenant en 1800 le contrôle de Saint-Domingue, a traumatisé la France. Il n'est pas question de laisser se rééditer la même catastrophe en Guadeloupe et de voir se mettre en place un pouvoir noir. Prétextant une conspiration, il fait arrêter et déporter

plusieurs officiers antillais respectés pour leurs états de service. Les troupes noires qui s'étaient distinguées dans de nombreux combats contre les Anglais étaient admirées de la population. Certains des officiers de couleur avaient fait leurs armes en France où ils s'étaient perfectionnés dans l'art militaire. Arrestations arbitraires, vexations et déportations frénétiques vers Madagascar, New York ou la France, se multiplient. Mais c'est une violation raciste de la hiérarchie militaire au détriment du plus gradé des officiers antillais qui provoque une première révolte de soldats, réprimée par des exécutions sommaires.

La tension monte dans la population avec l'embastillement de plusieurs notables de couleur investis dans la vie locale et accusés d'être des ennemis du gouvernement. Enfin, la tentative d'arrestation d'un des jeunes officiers les plus populaires de l'armée mettra Pointe-à-Pitre en ébullition. Prévenu à temps, joseph Ignace, ancien charpentier devenu après un brillant parcours militaire, capitaine du premier bataillon de la colonie, réussit à s'échapper. Mais la nouvelle a fait l'effet d'une bombe. Une partie de l'infanterie se répand dans les rues de la ville, suivie de centaines de cultivateurs descendus de leurs champs de cannes dès qu'ils ont appris qu'on menaçait leurs héros. Ces hommes avaient payé de leur sang pour permettre à la France de ne pas perdre une partie de son domaine colonial !

Alors que la garde nationale composée de Blancs s'avance vers la foule en colère, la tragédie est évitée de justesse par l'interposition de deux officiers antillais accourus à la hâte, dont le colonel Magloire Pélage, qui parvient à calmer les esprits. Toutefois, la population, l'armée et un certain nombre de notables blancs, excédés par les méthodes brutales du chef bonapartiste (réfugié à Basse-Terre, chef lieu administratif du pays, avant de fuir la Guadeloupe), décident de créer un Conseil provisoire de gouvernement composé de trois négociants blancs et d'un mulâtre, sous le commandement de Pélage. Proclamant haut et fort sa fidélité à la France, celui-ci, dans ses correspondances au consul Bonaparte, tentera d'expliquer que c'était la seule alternative possible face au comportement inique de son représentant.

Vue de Paris, cette situation s'apparente à un intolérable acte de rébellion. Bonaparte somme le général Antoine Richepance

d'aller écraser la mutinerie, de rétablir l'autorité de la France sur la Guadeloupe et de remettre immédiatement à leur place, c'està-dire dans les fers de l'esclavage, ces Nègres insolents qui ont osé défier son pouvoir. Une flotte de dix bâtiments transportant un corps expéditionnaire de près de 4 000 hommes surgit le 4 mai 1802 dans la rade de Pointe-à-Pitre. Les Guadeloupéens ne savent pas ce qui les attend. Légalistes, ils se massent sur le port au son de la musique militaire jouée par les troupes coloniales. Ils sont persuadés que Bonaparte, compréhensif, leur renvoie un administrateur plus juste !

Sitôt débarqués et sans répondre au salut des soldats antillais, les Français vont prendre possession des forts stratégiques de la ville gardés par la garnison locale. C'est le moment que choisit Solitude, cachée dans la foule des badauds étonnés, pour filer vers son maquis. Le soir venu, tous les bataillons noirs sont réunis à l'extérieur de la ville pour la revue des troupes. Richepance ordonne de poser les fusils par terre. Quelques fantassins et officiers en armes s'évanouissent alors discrètement dans la nuit tombante. Les déserteurs - ils sont environ 150, dont le capitaine Ignace - décident de rallier Basse-Terre jugée plus sûre.

Sur le champ d'armes, à peine le dernier soldat noir a-t-il déposé sa baïonnette que le corps expéditionnaire français se jette sur les hommes, leur arrache leurs uniformes et les roue de coups de pieds avant de les traîner vers les cales des frégates où ils sont enchaînés. À minuit, la fière armée coloniale n'existe plus et ses valeureux soldats sont redevenus esclaves ! Un fuyard qui a couru toute la nuit à travers bois et a fini le reste du chemin dans un canot de pêcheur arrive en trombe à Basse-Terre. Bégayant d'émotion, il informe le commandant de la garnison de ce qu'il a vu. Le colonel d'infanterie Louis Delgrès comprend immédiatement la menace. Ces rumeurs diffuses sur le rétablissement de l'esclavage seraient donc avérées ?

Révolté par le revirement de l'État français sur l'abolition, cet intellectuel de trente-six ans, mulâtre d'origine martiniquaise, poète et violoniste à ses heures, pétri des pensées de la philosophie des Lumières, libère la garnison et la garde nationale blanche dont il a la charge sur ces mots :« Mes chers amis, on en veut à

notre liberté. Sachons la défendre en gens de cceur et préférons la mort à l'esclavage. Vivre libre ou mourir !
» Les officiers antillais s'engagent spontanément à ses côtés. Avant d'évacuer Basse-Terre, ils installent des batteries sur la côte pour empêcher un éventuel débarquement de Richepance. Quelques déserteurs commencent à arriver de Pointe-à-Pitre, parmi lesquels Ignace et son groupe. Certains filent dans les communes avoisinantes pour informer la population de ce qui se passe.

Le 10 mai 1802, une proclamation de Delgrès intitulée « À l'univers entier, le dernier cri de l'innocence et du désespoir » est placardée sur les arbres et les murs de plusieurs bourgs de la Basse-Terre. « Une classe d'infortunés qu'on veut anéantir - se voit obligée d'élever sa voix vers la postérité pour lui faire connaître lorsqu'elle aura disparu, son innocence et ses malheurs. Nos anciens tyrans permettaient à un maître d'affranchir son esclave, et tout annonce que, dans le siècle de la philosophie, il existe des hommes qui ne veulent voir d'hommes noirs où tirant leur origine de cette couleur que dans les fers de l'esclavage. [...] La résistance à l'oppression est un droit naturel. La divinité même ne peut être offensée que nous défendions notre cause : elle est celle de la justice et de l'humanité. »

Son plaidoyer résonne comme un cri de ralliement. Des campagnes environnantes et des plantations voisines, ouvriers, cultivateurs, paisibles pères de famille, femmes, adolescents, arrivent par petits groupes armés de gourdins, de piques et de coutelas. Les frégates de Richepance qui ne peuvent accoster bombardent copieusement les mornes où sont retranchés les insurgés, avant de débarquer les troupes un peu plus loin. Depuis l'arrivée du chef blanc, Pélage, l'ancien chef du gouvernement provisoire, se fait tout petit car il tient à sa tête. En militaire discipliné il a fait allégeance et, tel judas, guide même les soldats français à travers la montagne, vers la position supposée abriter son ancien camarade de régiment.

Parmi les femmes qui, aux côtés des hommes, luttent dans cette guérilla inégale, transportent les munitions, soignent les blessés, réconfortent les enfants effrayés, Solitude est là, un pistolet à la main. Dès que les rumeurs de résistance lui sont parvenues, elle a quitté sa retraite avec les siens pour rejoindre les pauvres forces du

commandant Delgrès. Elle est enceinte de son compagnon, un Nègre marron qui se bat comme elle et qui sera bientôt atteint par un obus. Marthe-Rose, la compagne de Delgrès, est là aussi avec son sabre.

Après quinze jours d'un siège ensanglanté, Richepance, qui a subi de nombreuses pertes sur ce terrain inhospitalier, commande de nouveaux renforts à Pointe-à-Pitre. De son côté, le chef des insurgés sait qu'il ne peut rester plus longtemps dans cette forteresse Saint-Charles où il s'est retranché avec ses 400 hommes ainsi que des volontaires paysans et nègres marrons. Une nuit, sur le coup de trois heures du matin, trompant la vigilance des assaillants épuisés, le groupe s'évanouit dans une épaisse végétation, leurs bruits de pas étouffés par le ruissellement d'une rivière proche.

Ignace prend la direction de Pointe-à-Pitre avec une centaine d'hommes. Sa mission : rameuter des forces pour repousser l'offensive française. Car à mesure que les gens apprennent que les Blancs veulent rétablir l'esclavage, des communes se soulèvent, des partisans cherchent à rejoindre les rebelles, d'autres tentent de harceler les renforts attendus en vue de retarder la jonction avec le camp des insurgés. L'aventure d'Ignace s'arrêtera le 25 mai 1802 dans les faubourgs de Pointe-à-Pitre. Pris au piège sur un lieu non protégé, il sera bombardé avec ses compagnons par la colonne française lancée à ses trousses. 675 cadavres d'hommes et de femmes réduits en charpie seront retirés de ce lieu de martyre et la tête d'Ignace exposée sur un piquet en place de la Victoire, tandis que 250 prisonniers seront publiquement passés par les armes.

Au bout de cinq jours d'attente, Delgrès, retranché dans un manoir fortifié du Matouba, dans la zone du volcan de la Soufrière, comprend que la stratégie d'Ignace a échoué. Richepance, informé de la mort du rebelle qui pouvait constituer une menace pour ses arrières, lance ses 1 800 soldats à l'assaut de la colline boisée occupée par les insurgés. Le chef des combattants de la liberté rassemble alors ses gens, peut-être cinq cents personnes, et demande à ceux qui souhaitent se retirer de le faire maintenant pour ne pas prendre de risques. Trois cents irréductibles lui font un rempart de leur corps. Il fait miner l'habitation et se porte avec un groupe d'hommes au devant de l'ennemi afin de ralentir sa marche. Une fusillade éclate, intense. Delgrès est blessé au genou. Les résistants seront bientôt cernés. Ils remontent au manoir. C'est là qu'ils attendront leurs ennemis pour un dernier face à face.

Dès que les Français apparaissent à la barrière de caféiers qui borde le domaine, ils sont accueillis par une grêlée de plombs. Tout autour de l'habitation, de pauvres Nègres se battent pour une cause qu'ils savent perdue. Juste pour leur dignité d'hommes et de femmes libres. Sous la terrasse, des barils ont été camouflés. Une traînée de poudre serpente discrètement jusqu'au rez-dechaussée du bâtiment, passe sous la lourde porte fermée et s'arrête en un petit monticule entre Delgrès et son aide de camp, assis sur un canapé. Ils ont chacun un réchaud allumé à leur côté. Les trois cents martyrs se tiennent la main, les femmes serrant leurs enfants tout contre elles. Une dernière clameur :« La mort plutôt que l'esclavage !», puis c'est le silence. Lorsque, ce 28 mai 1802 à trois heures et demie de l'après-midi, l'avant-garde française franchit enfin la demeure, baïonnettes en joue, une effroyable explosion retentit. Dans un grondement d'éruptions rougeoyantes, des corps blancs et noirs volettent dans les airs et retombent épars sur des décombres de murs, telles de grosses volailles démembrées.Sous les cadavres déchiquetés, Solitude, blessée, a miraculeusement survécu à l'hécatombe avec une poignée de résistants. Sa grossesse lui évite la corde, mais pour quelques mois seulement... Car la répression qui s'abat sur la population antillaise entraîne l'île dans un tourbillon sanglant. Pendant près d'un an, tous ceux qui ont sympathisé avec la rébellion sont impitoyablement traqués, condamnés par une commission militaire et mis à pourrir quarante-huit heures sur la potence de leur pendaison, fusillés par dizaines sur les plages, jetés vivants dans des bûchers en place publique. On estime à environ 10 000 le nombre de victimes de l'insurrection et de la répression, y compris les déportés et ceux qui furent exécutés pour avoir refusé de reprendre leur condition d'esclave.

Dans la même semaine, en effet, les citoyens noirs (Ic Ia Guadeloupe redevenaient esclaves et étaient réincorporés dans Ic•.,, biens de leurs anciens maîtres ou, si ces derniers n'étaient F)as identifiés, revendus à des esclavagistes au profit des pouvoirs publics.

Le 11 juin 1802, la combattante Marthe-Rose, femme de Delgrès, est transportée au bourreau sur un brancard. S'étant fracturé la jambe lors de la fuite nocturne vers Matouba et ne pouvant marcher faute de soins, elle avait été retrouvée dans son refuge et condamnée à la pendaison. Le 19 novembre, c'est au tour de la mulâtresse Solitude de monter sur l'échafaud. Elle qui s'était battue pour la liberté laisse un enfant à l'esclavage : le nouveau-né dont elle a accouché la veille. La foule qui l'accompagne vers la potence est immense et silencieuse. Mais elle comprend tout dans leurs regards. Ne pas montrer même une larme furtive, de crainte d'être taxé de rebelle. Courber l'échine. Juste pour rester en vie et voir un jour la fin de tout ça. Ce sera en 1848. La deuxième abolition de l'esclavage.

 

 

 

ARCHIVES - La longue tradition esclavagiste et génocidaire de l'Europe

La longue tradition esclavagiste et génocidaire de l'Europe

Archives B.WORLD : (2006-09-23)
Rosa Amelia Plummelle-Uribe

De la barbarie coloniale à la politique nazie d’extermination
L’auteur de «La Férocité blanche» [Albin Michel, 2001], déploie une argumentation originale et pertinente, que Césaire avait bien sentie dans son «Discours sur le colonialisme», le lien entre les politiques d’anéantissement colonial, l’ensauvagement des sociétés européennes et le choc en retour du nazisme sur ces mêmes sociétés. Black-connection publie le texte d’une communication de cette militante afrodescentante, présenté le 15 juin à Berlin dans le cadre du Forum de Dialogue organisé par la section européenne de la Fondation AfricAvenir.

Nous sommes réunis ici pour analyser ensemble le lien historique qui, comme un fil conducteur conduit de la barbarie coloniale à la politique nazie d’extermination. Il s’agit d’un effort visant à détecter au moins la plupart des facteurs qui, de manière directe ou indirecte, auraient favorisé le développement politique et l’épanouissement idéologique d’une entreprise de déshumanisation comme la barbarie nazi en Allemagne et au-delà de ses frontières.



Cette contribution est utile à toute démarche qui voudrait mettre fin à toute sorte de discrimination d’où qu’elle vienne ; à commencer par cette discrimination qui consiste à trier parmi les crimes pour ensuite, suivant l’identité des victimes ou parfois l’identité des bourreaux, sélectionner le crime qu’il faut condamner. Cette hiérarchisation des crimes et donc de leur condamnation, demeure un handicap majeur dans la lutte pour la prévention des crimes contre l’humanité dont le crime de génocide.



Esclavage et trafic d’esclaves


Il convient de préciser tout de suite que, les guerres de conquête et les crimes liés à la domination coloniale, ainsi que la réduction d’êtres humains en esclavage, étaient déjà une réalité dans les temps anciens. Par exemple, lorsque la domination des Musulmans arabes s’étend vers l’Europe, le commerce d’êtres humains est une activité millénaire parmi les Européens. Le règne de l’islam en Espagne, de 711 à 1492, a simplement dynamisé la traite d’esclaves intra européenne.1 faisant du continent un important fournisseur d’esclaves, femmes et hommes, expédies vers les pays de l’islam.


Les prisonniers, majoritairement slaves, alimentaient le commerce d’hommes entre Venise et l’empire arabo-musulman du sud de la Méditerranée. C’est ainsi que dans les langues occidentales, le mot « esclave » ou « slave » se substitue au latin «servus» pour désigner les travailleurs privés de liberté. Autrement dit, pendant plusieurs siècles, des Chrétiens européens vendent d’autres Européens à des commerçants Juifs spécialisés dans la fabrication d’eunuques.2, lesquels étaient une marchandise très prisée et fort sollicitée dans les pays de l’empire musulman.


Des chercheurs, spécialistes de l’esclavage en Europe au Moyen Âge, ont vu dans le système d’asservissement inauguré en Amérique par la domination coloniale, un lien de continuité avec les institutions esclavagistes de l’Europe. Jacques Heers dit que «C’est le mérite incontestable de Charles Verlinden, sur ce point véritable pionnier, que d’avoir remarqué que la conquête et l’exploitation coloniales des Amériques s’étaient largement inspirées de certaines expériences toutes récentes en Méditerranée et s’inscrivaient en droite ligne dans une continuité ininterrompue de précédentes médiévaux.3».


J’ai néanmoins choisi d’aborder cette analyse, à partir de 1492 lors de l’arrivée des Européens dans le continent américain. Et j’ai fait ce choix parce que, malgré ce qui vient d’être dit, la destruction des peuples indigènes d’Amérique, l’instauration de la domination coloniale et le système de déshumanisation des Noirs sur ce continent, n’avaient pas de précédent dans l’histoire. Et surtout, parce que la prolongation de cette expérience pendant plus de trois siècles, a largement conditionné la systématisation théorique des inégalités y compris l’inégalité raciale dont les conséquences restent d’actualité.


Premier génocide des temps modernes



Il en ressort que vers 1550, des 80 millions d’Indigènes ne restent que 10 millions. C'est-à-dire, en termes relatifs une destruction de l’ordre de 90% de la population. Une véritable hécatombe car en termes absolus il s’agit d’une diminution de 70 millions d’êtres humains. Et encore, il importe de savoir que ces dernières années, des historiens sud-américains sont parvenus à la conclusion qu’en réalité, à la veille de la conquête il y avait en Amérique plus de 100 millions d’habitants. D’un point de vue européen, ces estimations sont inacceptables, et pour cause ! Si cela était vrai, nous serions devant une diminution de 90 millions d’êtres humains.


Mais, au-delà du nombre d’Indigènes exterminés, le comportement collectivement adopté par les conquérants chrétiens a eu des conséquences qui perdurent. Par exemple, la justification postérieure de ce génocide a conditionné l’évolution culturelle, idéologique et politique de la suprématie blanche à l’égard d’autres peuples non Européens, et finalement à l’intérieur même d’Europe.


La situation d’impunité dont bénéficiaient les conquistadores devait, fatalement, favoriser l’apparition très rapide de pratiques assez inquiétantes. Ainsi, la mauvaise habitude de nourrir les chiens avec des Indigènes et parfois avec des nourrissons arrachés à leur mère et jetés en pâture à des chiens affamés. Ou la tendance à s’amuser en faisant brûler vifs des Indigènes jetés dans des bûcher allumés pour les faire rôtir5. Ce désastre fut la première conséquence directe de ce que les manuels d’histoire continuent à appeler ‘la découverte de l’Amérique’.


La solution africaine


Après avoir vidé le continent américain de sa population, les puissances occidentales naissantes ont fait de l’Afrique noire, une pourvoyeuse d’esclaves pour l’Amérique. Cette entreprise a désagrégé l’économie des pays africains et vidé le continent d’une partie de sa population dans ce qui demeure, la déportation d’êtres humains la plus gigantesque que l’histoire de l’humanité ait connue. Ici, il convient de rappeler la situation des pays africains au moment où ils sont abordés par les Européens.


C’est un fait que, même si le mode de production en Afrique n’était pas fondamentalement esclavagiste, les sociétés y connaissaient certaines formes de servitude. Comme nous l’avons dit, au Moyen âge, l’esclavage ainsi que la vente d’êtres humains, était une pratique très généralisée et l’Afrique n’a pas été une exception. Depuis le 7ème siècle, l’Afrique noire, tout comme l’Europe depuis le 8ème siècle, approvisionne en esclaves les pays de l’empire arabo-musulman.


Il semblerait qu’à l’époque, la dimension et les modalités du trafic d’esclaves n’auraient pas été incompatibles avec la croissance de l’économie dans les pays concernés par ce commerce d’êtres humains. Il est d’ailleurs couramment admis que c’est sous le règne de l’islam en Espagne que l’Europe a commencé à sortir des ténèbres du Moyen âge. Concernant l’Afrique, on notera qu’au 15ème siècle, malgré la ponction faite par la traite négrière arabo-musulmane, les pays de ce continent jouissaient d’un bon niveau de bien être social.
Le dépeuplement du continent ainsi que la misère et l’indigence de ses habitants malades et affamés, décrits par les voyageurs qui abordèrent l’Afrique noire au 19ème siècle, contrastent avec les pays densément peuplés, l’économie fleurissante, l’agriculture abondante, l’artisanat diversifié, le commerce intense et surtout, avec le niveau de bien être social décrits par les voyageurs, géographes et navigateurs ayant abordé l’Afrique noire entre le 8ème et le 17ème siècle, et dont nous connaissons maintenant les témoignages grâce aux diverses recherches, entre autres celles de Diop Maes.6.
Entre le 16ème et le 19ème siècle, les guerres et razzias en chaîne, provoquées par les négriers pour se procurer les captifs, ont conduit à la destruction quasiment irréversible de l’économie, du tissu social et de la démographie des peuples africains. Le cumul des traites, arabe et européenne, au moyen d’armes à feu, le caractère massif, voire industriel, de la traite négrière transatlantique en accroissement constant, a causé en trois siècles, des ravages que le continent n’avait jamais connus jusque là. Ce nouveau désastre fut la deuxième conséquence de la colonisation d’Amérique.


Une entreprise de déshumanisation
 

Dans le cadre de la domination coloniale sur le continent américain, les survivants indigènes, dépouillés de leurs terres furent refoulés et parqués dans des réserves. Dans le même temps, des millions de femmes, d’enfants et d’hommes Africains arrachés de chez eux et déportés dans l’Amérique, furent systématiquement expulsés hors de l’espèce humaine et réduits à la catégorie de bien meuble ou de sous-homme. L’infériorité raciale des non-Blancs et sa sœur jumelle, la supériorité de la race blanche, furent inscrits dans la loi, consacrées par le christianisme et renforcées dans les faits.
Les puissances coloniales, Espagne, Portugal, France, Angleterre, Hollande, légiféraient pour se doter du cadre juridique à l’intérieur duquel la déshumanisation des Noirs devenait légale. En conséquence, chaque métropole avait un arsenal juridique pour réglementer sa politique génocidaire dans l’univers concentrationnaire d’Amérique. A cet égard, la codification la plus achevée aura été le code noir français7. Promulgué en 1685, cette monstruosité juridique est restée en vigueur jusqu’à 1848 lors de la seconde abolition de l’esclavage dans les colonies françaises.
Il est significatif que, au moins pendant les 16ème et 17ème siècles, pour autant que nous sachions, il n y eut pas une seule voix autorisée pour dénoncer et condamner l’expulsion légale des Noirs hors de l’espèce humaine. Même au 18ème siècle qui était pourtant le siècle des Lumières, aucun de ces grands philosophes n’a, formellement, exigé des autorités compétentes la suppression immédiate, réelle, sans atermoiements, des lois qui réglaient ces crimes.8.


Une idéologie unanimement partagée
 

On a l’habitude d’ignorer que grâce à la racialisation de l’esclavage dans l’univers concentrationnaire d’Amérique, la supériorité de la race blanche et l’infériorité des Noirs sont devenues un axiome profondément enraciné dans la culture occidentale. Il faut savoir que cet héritage pernicieux de la domination coloniale européenne, combiné aux effets néfastes de la manie des Lumières de tout ordonner, hiérarchiser, classifier, a stimulé l’émergence d’une culture plus ou moins favorable à l’extermination des groupes considérés inférieurs.
Entre le 15ème et le 19ème siècle, toute la production littéraire et scientifique concernant les peuples indigènes d’Amérique, visait à justifier leur extermination passé et à venir. Après trois longs siècles de barbarie coloniale sous contrôle chrétien, un des principes validés par les catholiques espagnols, est la certitude que tuer des Indiens n’est pas un pêché.9. Cette conscience fut renforcée par les protestants anglophones, convaincus qu’un bon Indien est un Indien mort. Aussi, toute la littérature concernant la bestialisation des Noir dans l’univers concentrationnaire d’Amérique, était une véritable propagande en faveur de la traite négrière et de l’esclavage des Noirs présentés comme un progrès de la civilisation.

Lorsque finalement eut lieu le démantèlement de l’univers concentrationnaire d’Amérique, le changement provoqué par les abolitions de l’esclavage eut une portée assez limitée. D’abord parce que l’essentiel des structures et des rapports sociaux et économiques mis en place par la barbarie institutionnalisée, sont restés quasiment inchangés. Et aussi, parce que le triomphe de la pensée scientifique sur la foi religieuse a donné à la race des seigneurs et aux valeurs de la civilisation occidentale, une crédibilité dont la religion ne bénéficiait plus auprès des esprits éclairés. Désormais, la colonisation et les actes de barbarie qui lui sont consubstantiels, par exemple l’extermination de groupes considérés inférieurs, se feront ayant comme support un discours scientifique.

Une culture d’extermination
 

Dans le “journal of the Anthropological Society of London, vol. 165, 1864” fut publié un compte rendu des débats de la Conférence. Il s’agissait de savoir si dans tous les cas de colonisation il serait inévitable l’extinction des races inférieures, ou si jamais il serait possible qu’elles puissent coexister avec la race supérieure sans être éliminées.10. A l’époque, l’Angleterre avait déjà commis, outre le génocide des Indigènes en Amérique du Nord, celui des Aborigènes d’Australie dont les Tasmaniens.
En France, Albert Sarraut, tenant discours aux élèves de l’Ecole coloniale affirmait : « il serait puéril d’opposer aux entreprises européennes de colonisation un prétendu droit d’occupation […] qui pérenniserait en des mains incapables la vaine possession de richesses sans emploi. »11. De son côté, le sociologue français Georges Vacher de Lapouge, soutenait qu’il n’y avait rien de plus normal que la réduction en esclavage des races inférieures et plaidait pour une seule race supérieure, nivelée par la sélection.

Des scientifiques réticents
 
On remarquera que la plupart des anthropologues allemands, même convaincus de leur supériorité raciale, ne partagent pas avec leurs collègues britanniques, nord-américains et français, la conviction que les races inférieures doivent nécessairement disparaître au contact de la civilisation. Le professeur Théodore Waitz par exemple, développe entre 1859-1862 un travail pour contester le bien fondé des théories propagées par ses collègues occidentaux, engagés dans la justification scientifique des exterminations commises par leurs pays.
Par la suite, son élève George Gerland fait en 1868 une étude sur l’extermination des races inférieures. Il dénonce la violence physique exercée par les colonisateurs comme étant le facteur d’extermination le plus tangible. Et affirme qu’il n’existe aucune loi naturelle qui dit que les peuples primitifs doivent disparaître pour que la civilisation avance. Le plaidoyer de ce scientifique allemand pour le droit à la vie des races dites inférieures est un fait rarissime dans cette période de l’histoire.

En 1891 le professeur allemand Friedrich Ratzel publie son livre « Anthropogeographie » et dans le dixième chapitre sous-titré « Le déclin des peuples de cultures inférieures au contact avec la culture », il exprime son hostilité concernant la destruction des peuples indigènes : « C’est devenu une règle déplorable, que des peuples faiblement avancés meurent au contact avec des peuples hautement cultivés. Cela s’applique à la vaste majorité des Australiens, des Polynésiens, des Asiatiques du Nord, des Américains du Nord et des nombreux peuples d’Afrique du Sud et d’Amérique du Sud.
(…) Les Indigènes sont tués, chassés, prolétarisés et l’on détruit leur organisation sociale. La caractéristique principale de la politique des Blancs est l’usage de la violence par les forts sur les faibles. Le but est de s’emparer de leurs terres. Ce phénomène a pris sa forme la plus intense en Amérique du Nord. Des Blancs assoiffés de terres s’entassent entre des peuplements indiens faibles et partiellement désintégrés »12. Ce serait le dernier discours dans lequel le professeur Ratzel exprimerait un point de vue aussi peu favorable à l’extinction des peuples inférieurs.


Une évolution malheureuse

Les anciennes puissances négrières réunies à Berlin en 1884-1885, officialisent le dépècement de l’Afrique. L’Allemagne s’assure le contrôle du Sud-Ouest africain (c'est-à-dire la Namibie), de l’Est africain (correspondant aux territoires actuels de la Tanzanie, du Burundi et du Rwanda) et aussi le contrôle sur le Togo et le Cameroun.
L’entrée de l’Allemagne dans l’entreprise coloniale marque un hiatus sensible entre le discours des scientifiques allemands avant les années 1890 et celui qu’ils auront après les années de 1890 sur le même sujet : l’extermination des races inférieures ou leur asservissement suivant les besoins des conquistadores et le progrès de la civilisation.
En effet, en 1897 le professeur Ratzel publie son ouvrage «Géographie politique» dans lequel, l’auteur prend fait et cause pour l’extermination des races inférieures. Il affirme qu’un peuple en développement qui a besoin de plus de terres doit donc en conquérir «lesquelles, par la mort et le déplacement de leurs habitants, sont transformées en terres inhabitées»13.
La domination économique combinée à des méthodes racistes, a donné naissance à la suprématie blanche chrétienne. Son idéologie hégémonique règne sans partage sur la planète et connaît toute sa splendeur entre la seconde moitié du 19ème et la première moitié du 20ème siècle. Même dans les anciens pays colonisés, l’extermination des races inférieures tenait lieu de politique officielle.

Une idéologie triomphante

La plupart des pays d’Amérique sont devenus indépendants au 19ème siècle. Les classes dirigeantes de ces pays, se croient blanches parce qu’elles sont issues des aventuriers européens qui souvent violaient les femmes indigènes. Arrivées au pouvoir suite aux guerres d’indépendance, ces élites se sont toujours identifiées à leur ancêtre blanc. De fait, elles adoptèrent les méthodes d’extermination des Indigènes hérités de la colonisation.
En avril 1834, les autorités d’Argentine, pays indépendant depuis peu, déclenchent la « Campaña del Desierto » (Campagne du Désert), dont le but est l’extermination des survivants Indigènes qui occupent la pampa. Dirigée par Juan Manuel de Rosas, devenu Président d’Argentine à partir de 1835, cette campagne fut coordonnée avec le gouvernement du Chili. Le premier gouvernement constitutionnel d’Uruguay, dirigé par Fructuoso Rivera, s’est aussi joint à la Campagne qui devait transformer ces terres en espaces inhabités.
Malgré la violence extrême de la ‘Campagne’, tous les Indigènes ne sont pas morts, au grand dam du président Rosas pour qui les Indiens se reproduisaient comme des insectes. Pour remédier à cet échec, en 1878, par initiative du Ministre de la Guerre Julio Argentino Roca, le Congrès National argentin vote et approuve la loi « de expansión de las fronteras hasta el Rio Negro » (expansion des frontières). C’est le point de départ de la seconde « Campagne du Désert » qui doit définitivement vider la Pampa de sa population indigène pour faire avancer la civilisation.


Un espace vital avant la lettre

La « Campagne » a lieu au moment où les survivants Indigènes sont traqués partout dans le continent. En Amérique du Nord ils sont massacrés et refoulés afin de libérer un espace devenu vital pour l’installation de familles civilisées, c'est-à-dire blanches. En Argentine, l’objectif avoué de la « Campagne » était le même : Remplacement de la population locale par une population civilisée pouvant garantir l’incorporation effective de la Pampa et la Patagonie à la nation de l’Etat Argentin.
Quelques décennies plus tard, Heinrich Himmler défendrait le même principe de remplacement des populations lorsqu’il affirmait : « Le seul moyen de résoudre le problème social, c’est pour un groupe, de tuer les autres et de s’emparer de leur pays »14. Mais, pour le moment, cela se passait en Amérique et au détriment de populations non-Européennes. Le Ministre Roca, qui est à l’origine de la seconde «Campagne du Désert», a même gagné les élections en 1880 et est devenu Président de l’Argentine.
Bien sûr, quelques voix se levèrent pour critiquer la barbarie des atrocités commises pendant la Campagne. Mais, dans l’ensemble, l’infériorité des victimes n’était pas contestée et le gouvernement de Julio Roca appelé le conquistador du Désert, est perçu comme le fondateur de l’Argentine moderne. L’histoire de ce pays a retenu surtout, que c’est sous la Présidence de Roca que le pays a avancé vers la séparation de l’église et l’Etat, le mariage civil, le registre civil des naissances et l’éducation laïque. Une des plus grandes villes de la Patagonie porte le nom de Roca.

Il n’y a pas longtemps, l’historien Félix Luna affirmait sans rire : « Roca a incarné le progrès, il a intégré l’Argentine dans le monde : je me suis mis à sa place pour comprendre ce qui impliquait d’exterminer quelques centaines d’indiens pour pouvoir gouverner. Il faut considérer le contexte de l’époque où l’on vivait une atmosphère darwiniste qui favorisait la survie du plus fort et la supériorité de la race blanche (…) Avec des erreurs, des abus, avec un coût Roca fit l’Argentine dont nous jouissons aujourd’hui : les parcs, les édifices, le palais des Œuvres Sanitaires, celui des Tribunaux, la Case du Gouvernement »15.

Exterminables parce qu’inférieurs

On remarquera que depuis le premier génocide des temps modernes, commis par les chrétiens en Amérique à partir de 1492, la situation des peuples non Européens en général et des Noirs en particulier se trouve rythmée par les exigences de la suprématie blanche. Dans l’univers concentrationnaire d’Amérique, le Noir expulsé hors de l’espèce humaine en tant que sous-homme ou bien meuble, ne fut jamais réintégré ou réinstallé dans son humanité. Et les survivants indigènes étaient massivement massacrés pour rendre inhabitées leurs terres.
En Afrique le peuple congolais, sous l’administration de ce bourreau que fut le Roi Léopold, est soumis à des formes d’asservissement causant la destruction de la moitié de la population qui est passée de vingt millions à 10 millions d’habitants.16. Dans ce même continent, l’Allemagne aussi, comme d’autres avant elle, appliquera les bons principes de la colonisation. Entre 1904 et 1906, soit en l’espace de deux ans, les Allemands exterminèrent les trois quarts du peuple Herero. Sans compter les morts des Nama, Baster, Hottentots, etc.17.

Dans le cadre de la domination coloniale allemande en Namibie, le professeur Eugen Fischer va étudier en 1908, chez les Baster installés à Rehoboth « le problème de la bâtardisation chez l’être humain ». Les recommandations du chercheur sont sans détour. On lit dans son traité à propos des métis : « Qu’on leur garantisse donc le degré précis de protection qui leur est nécessaire en tant que race inférieure à la nôtre, rien de plus, et uniquement tant qu’ils nous sont utiles –autrement, que joue la libre concurrence, c'est-à-dire, selon moi, qu’ils disparaissent.18 »
Ce travail dans lequel le professeur Fischer considérait avoir démontré scientifiquement l’infériorité des Noirs, fit la gloire de son auteur dont le prestige alla au-delà des frontières du pays. Des années plus tard, lorsqu’en 1933 Adolf Hitler arrive au pouvoir en Allemagne, tout naturellement, le professeur Fischer mettra au service de la politique raciale du nouvel Etat le prestige et l’autorité que lui conférait sa condition de scientifique de renommée mondiale. En fait, ce fut le cas de l’establishment scientifique dans l’ensemble.19.
 

Le danger d’être classé inférieur

C’est un fait vérifiable, à la fin du 19ème et pendant les premières décennies du 20ème siècle, l’extermination d’êtres inférieurs ou la programmation de leur disparition, était une réalité qui ne soulevait pas de grandes vagues de solidarité à l’égard des victimes. C’est pourquoi les dirigeants nazis s’appliquèrent à convaincre les Allemands que les Juifs, ainsi que les Slaves et autres groupes, étaient différents et en conséquence étaient inférieurs.
C’est dans ce contexte si favorable à l’extermination des inférieurs, que les conseillers scientifiques du plan quadriennal chargé de planifier l’économie de l’Allemagne nazie, poussant la logique de l’anéantissement plus loin que leurs prédécesseurs, et dans une combinaison aussi terrible que sinistre entre les facteurs idéologiques et les motivations utilitaires, ont programmé l’extermination à l’Est, de 30 millions d’êtres humains.
Dans leur essai « Les architectes de l’extermination », Susanne Heim et Götz Aly soulignent que les planificateurs de l’économie, choisis non pas en fonction de leur militance politique mais de leur compétence professionnelle, fondaient leur dossier sur des considérations purement économiques et géopolitiques, sans la moindre référence à l’idéologie raciale. Ils rapportent le procès-verbal d’une réunion pendant laquelle, les conseillers économiques ont expliqué en présence de Goebbels leur plan d’approvisionnement alimentaire.
Ce dernier nota dans son journal le 2 mai 1941 : «La guerre ne peut se poursuivre que si la Russie fournit des vivres à toutes les forces armées allemandes durant la troisième année de la guerre. Des millions de personnes mourront certainement de faim si les vivres qui nous sont nécessaires sont enlevés au pays.20 » En effet, ce plan devait faire mourir environ 30 millions de Slaves dans un premier temps. Mais cela devait assurer l’approvisionnement des vivres pendant une année et en plus, rendre inhabitées des terres où des familles allemandes seraient installées.
 

Une tradition sinistre

Ainsi, Hermann Göring, dont le père fut le premier gouverneur allemand en Namibie, pouvait dire en 1941 à son compère le ministre italien des Affaires étrangères, le comte Ciano : « Cette année, 20 à 30 millions de personnes mourront de faim en Russie. Peut-être est-ce pour le mieux, puisque certaines nations doivent être décimées.21 » Ceux qui, dans une association extrême de l’idéologie raciste et la motivation utilitaire, programmaient l’extermination de 30 millions de Slaves, pouvaient programmer sans état d’âme, l’extermination d’un autre groupe considéré aussi inférieur, dans l’occurrence les Juifs.
Ce n’est pas par hasard que le Professeur Wolfang Abel : «Chargé par le haut commandement des forces armées de réaliser des études anthropologiques sur les prisonniers de guerre soviétiques, proposa entre autres options la liquidation du peuple russe.22» Le professeur Abel fut l’élève du Professeur Fischer avant de devenir son assistant. Ensemble, ils formèrent les premiers experts scientifiques chargés de sélectionner ceux qui, coupables de ne pas être Aryens devaient être exterminés à Auschwitz ou ailleurs.23.
Quant aux Soviétiques : « Au 1er février 1942, sur les 3,3 millions de soldats de l’Armée rouge fait prisonniers, 2 millions étaient déjà morts dans les camps allemands et au cours des transports, soit 60%. Si l’on enlève les trois premières semaines de guerre, au cours desquelles les premiers prisonniers purent puiser dans leurs réserves corporelles, ce chiffre correspondait à un taux de mortalité de 10 000 hommes par jour.24 »


La tragédie des uns et le profit des autres

La très grande majorité des Allemands, heureuse de se trouver du bon côté, accepta le fait accompli, c'est-à-dire l’exclusion des non-Aryens, et en retira tout le bénéfice possible. Il va sans dire qu’à l’époque, la solidarité à l’égard des groupes considérés inférieurs ne faisait pas vraiment recette dans la culture dominante. Plusieurs siècles de matraquage idéologique pour justifier l’écrasement des peuples colonisés et asservis, n’avaient pas certainement favorisé l’humanité de ceux qui en profitaient.25.
Comme le dit si bien Aly : « Le gouvernement nazi suscita le rêve d’une voiture populaire, introduisit le concept de vacances pratiquement inconnu jusqu’alors, doubla le nombre des jours fériés et se mit à développer le tourisme de masse dont nous sommes aujourd’hui familiers. (…) Ainsi, l’exonération fiscale des primes pour le travail de nuit, les dimanches et les jours fériés accordés après la victoire sur la France, et considérée, jusqu’à sa remise en cause récente comme un acquis social. (…)Hitler a épargné les Aryens moyens aux dépens du minimum vital d’autres catégories.26.»
L’argent spolié aux Juifs d’Europe et aux pays sous occupation allemande a bien servi au gouvernement nazi pour financer sa politique sociale visant à favoriser le niveau de vie de la population aryenne. On comprend qu’après la guerre, tant d’Allemands pouvaient admettre en privé, avoir vécu la période la plus prospère de leur vie sous le gouvernement nazi y compris pendant la guerre…

Conclusion

La domination coloniale sur d’autres peuples a toujours fourni les conditions indispensables pour la mise en place de systèmes d’asservissement et déshumanisation froidement réglés. Ce fut le cas dans l’univers concentrationnaire d’Amérique, où les puissances coloniales ont inventé un système juridique à l’intérieur duquel, la bestialisation des Noirs parce que Noirs, se faisait en toute légalité. Au 19ème siècle, la colonisation britannique en Australie a renoué avec le génocide commis en Amérique du Nord.
En Afrique, les peuples congolais ont souffert leur Adolf Hitler incarné par le Roi des Belges qui non satisfait de faire mourir la moitié des populations, faisait couper la main à ceux qui chercheraient à fuir les travaux forcés.27. En Namibie, l’Allemagne coloniale a commis son premier génocide et, je peux continuer mais je peux aussi m’arrêter. Il y a assez pour comprendre que l’entreprise nazie de déshumanisation, s’inscrit dans une continuité, jalonnée sans interruption par la barbarie coloniale.
A la fin de la guerre, les puissances coloniales, victorieuses, ont décrété que le nazisme était incompréhensible et effroyable parce que derrière ses atrocités il n’y avait aucune rationalité économique. La motivation utilitaire ayant toujours servi à cautionner les entreprises de déshumanisation menées contre d’autres peuples non-Européens, il fallait absolument que l’entreprise nazie de déshumanisation soit dépourvue de toute motivation utilitaire. De là, cette approche réductionniste qui a historiquement isolé le nazisme, et focalisé l’attention sur les atrocités commises par les nazis, en faisant abstraction des facteurs sans lesquels, chacun devrait le savoir, ce désastre effrayant n’aurait jamais atteint la disproportion que nous savons.



1 A ce sujet, voir Charles Verlinden, L’esclavage dans l’Europe médiévale, Tome 1 Péninsule Ibérique, France 1955 ; Tome 2 Italie Colonies italiennes du Levant latin Empire Byzantin, 1977.
2 Verlinden, L’esclavage dans l’Europe médiévale, Tome 2, notamment dans le chapitre II La traite vénitienne et la traite juive, p. 115 et suivantes, et aussi dans le chapitre III La traite des eunuques, p. 981 et suivantes. Ce livre, devenu introuvable en librairie, peut être consulté à la bibliothèque du Centre Pompidou et aussi à celle de la Sorbonne.
3 Jacques Heers, Esclaves et domestiques au Moyen Âge dans le monde méditerranéen, Paris, 1981, p. 12.
4 A ce sujet, voir Tzvetan Todorov, La conqête de l’Amérique. La question de l’autre, Paris, 1982.

5 Voir Bartolomé de Las Casas, Brevísima relación de la destrucción de las Indias, Buenos Aires, 1966 et aussi Historia de las Indias, México, Fondo de Cultura Económica, 1951.
6 Le lecteur consultera profitablement l’œuvre pionnière de Louise Marie Diop Maes, Afrique Noire Démographie Sol et Histoire, Paris, 1996.
7 Louis Sala-Molins, Le code noir ou le calvaire de Canaan, Paris, 1987.
8 Louis Sala-Molins, Les Misères des Lumières. Sous la Raison, l’outrage, Paris, 1992
9 En 1972, en Colombie, un groupe de paysans analphabètes a dû répondre devant le tribunal pour le massacre, avec préméditation, de dix huit Indigènes hommes, femmes et enfants confondus. Les accusés ont été acquittés par un jury populaire car ils ne savaient pas que tuer des Indiens était un pêché et encore moins un délit. Voir à ce sujet Rosa Amelia Plumelle-Uribe, La férocité blanche Des non-Blancs aux non-Aryens Génocides occultés de 1492 à nos jours, Paris, 2001.
10 Sven Lindqvist, Exterminez toutes ces brutes. L’odysée d’un homme au cœur de la nuit et les origines du génocide européen, Paris, 1999.
11 Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme, Paris, 1955.
12 Lindqvist, op. cit., p. 189-190.
13 Ibid, p. 192.
14 Götz Aly et Susanne Heim, Les architectes de l’extermination Auschwitz et la logique de l’anéantissement, Paris, 2006, p. 25-26
15 Consulter Diana Lenton, La cuestion de los Indios y el ge,ocidio en los tiempos de Roca : sus repercusiones en la prensa y la politica, SAAP- Sociedad Argentina de Análisis Politico www.saap.org.ar/esp/page Voir aussi Osvaldo Bayer, le journal argentin Página/12, Sábado, 22 de octubre 2005.
16 Adam Hochschild, Les fantômes du roi Léopold II. Un holocauste oublié, Paris, 1998.
17 Ingol Diener, Apartheid ! La cassure, Paris, 1986.
18 Benno Muller-Hill, Science nazie, science de mort, Paris, 1989, p. 194.
19 Consulter Muller-Hill
20 Aly et Heim, op. cit., p. 271-272.
21 Ibid, p. 267.
22 Ibid, p. 289.
23 Muller-Hill, op. cit.
24 Götz Aly, Comment Hitler a acheté les Allemands, Paris, 2005, p. 172.
25 Voir Plumelle-Uribe, op. cit.
26 Götz Aly, Comment Hitler a acheté les Allemands, p. 9, 28.
27 Hochschild, op. cit.
 
Il serait utile une étude très serrée concernant le rôle des scientifiques occidentaux dans le développement de la culture d’extermination qui a prévalu au 19ème et au début du 20ème siècle dans les pays colonisateurs. Malgré son rapport étroit avec notre analyse, cela n’est pas le sujet central de cette communication. Mais, nous pouvons néanmoins dégager quelques pistes pour ceux qui voudraient reprendre le sujet et se renseigner davantage.
Au milieu du 19ème siècle, les Associations scientifiques les plus prestigieuses semblent avoir été la Geographical Society et l’Anthropological Society à Londres et aussi, la Société de Géologie à Paris. Le 19 janvier 1864, eut lieu une table ronde organisée par l’Anthropological Society sur « l’extinction des races inférieures ». Il y fut question du droit des races supérieures à coloniser les espaces territoriaux considérés vitaux pour leurs intérêts.

Des historiens du 20ème siècle, travaillant sur la conquête de l’Amérique, sont parvenus à se mettre plus ou moins d’accord pour estimer le nombre d’habitants du continent américain à la veille de l’invasion. Il a donc été retenu qu’à la veille du 1500, environ 80 millions de personnes habitent dans le continent américain. Ces chiffres furent comparés à ceux obtenus cinquante ans plus tard à partir des recensements espagnols.4.

ARCHIVES - COMMEMORATION: CHIRAC CHOISIT LE 10 MAI

COMMEMORATION: CHIRAC CHOISIT LE 10 MAI

Archives B.WORLD : (2006-08-18)

Apres une très longue réflexion le président de la république Française a choisi le 10 MAI pour commémorer l'abolition de l'esclavage...

Contre l'avis de nombreuses associations qui préféraient le 23 MAI comme date de commémoration de l'abolition de l'esclavage,le président CHIRAC impose le 10 MAI comme le lui avait proposé les membres du comité pour la mémoire de l'esclavage présidée par l'écrivain Maryse CONDE ,et Françoise VERGES qui a d'ailleurs déclaré"c'est une date qui n'appartient à personne pour pouvoir appartenir à tout le monde".  Certaines associations comme le comité de marche du 23 MAI et bien d'autres encores désiraient le 23 MAI comme date pour rendre "hommage aux victimes de l'esclavage et non aux abolitionnistes"dixit Victorin LUREL président de région de Guadeloupe.Serge ROMANA président du comité de la marche du 23MAI 1998 lui ne démord pas et dit "le comité n'a pas assez consulté les associations et les parlementaires.Ce sera une date mort-née et nous continuerons à célébrer le 23 MAI",au grand désarroi de la députée de Guyane Christiane TAUBIRA-DELANON qui avait demandé au président de la république "de bien réfléchir" car elle ne voulait pas qu'on donne satisfaction à des associations antillo-guyanaises,pourquoi? On n'en sait rien mais promis on le lui demandera prochainement...  Cette date provoque énormément de réactions que nous allons nous faire le plaisir de receuillir pour vous tenir informer et vous rendre compte des propos des uns et des autres... Vous aussi ,amis internautes donnez nous votre avis sur le choix de la date retenue et nous publierons vos commentaires...

François Mitterrand, une déception africaine

François Mitterrand, une déception africaine

En 1981, l'élection du socialiste avait soulevé l'espoir sur le continent noir. Trente ans après, il ne reste de lui qu'un discours mémorable et beaucoup d'illusions déçues.



François Mitterrand entouré de dirigeants africains au 13ème sommet franco-africain du 14 novembre 1986, à Lomé (Togo).

François Mitterrand entouré de dirigeants africains au 13ème sommet franco-africain du 14 novembre 1986, à Lomé (Togo). 

L'Afrique commémore à sa façon les trente ans de l'accession au pouvoir de François Mitterrand. En effet, le contexte est marqué par des consultations électorales intenses sur le continent. Comme il l'avait recommandé dans son célèbre et désormais historique discours de La Baule qui, en 1990, arrima l'aide à la démocratie. Mais aujourd'hui, que reste-t-il de l'effet Mitterrand ? Peut-on se risquer à affirmer que le continent a avancé sur le plan de la démocratie ? Sans doute le passage de Mitterrand a-t-il marqué le monde. A sa façon, il a contribué à la chute du mur de Berlin, permettant ainsi l'amorce de la fin de la guerre froide. Mais c'est dans les anciennes colonies d'Afrique que l'homme d'Etat français aura laissé le plus de traces. Car, Mitterrand, c'est également ça : la constance dans la défense des intérêts français. Il s'y est tellement employé que certains se demandaient s'il appartenait à la droite ou à la gauche. C'était oublier que jamais la France ne renoncerait à ses chasses gardées sur le continent.


L'homme savait séduire ses interlocuteurs et les foules. Avocat de formation et de profession, il savait aussi se rallier au monde dans la défense de causes qu'on croyait parfois perdues. Opposant farouche des années durant, il avait fait rêver en Afrique ces porteurs d'idéaux progressistes et autres frondeurs qui n'avaient de cesse de hanter le sommeil des dictateurs. Aussi son élection en 1981 avait-elle suscité de réels espoirs du côté des opposants africains. Beaucoup attendaient de lui ce changement radical dans la diplomatie africaine de l'Elysée, qui devait permettre l'amorce d'une démocratie véritable assortie de l'amélioration effective des conditions socio-économiques sur le continent, la partie francophone en particulier. La rupture attendue n'eut jamais lieu. Une fois au pouvoir, Mitterrand s'efforcera de rappeler dans la pratique que "la France n'a pas d'amis, mais bien des intérêts", comme on le clamait depuis l'époque du général de Gaulle. 

Peu à peu, Mitterrand s'accommoda de certaines situations sur le continent. Contrairement aux attentes, et sans gêne aucune, il donna plus de force à la Françafrique. Ouvertement, il s'acoquina avec les vieilles oligarchies qui suçaient le sang des pays africains. Les anciens comptoirs français et les multinationales de l'Hexagone continuèrent leur pillage. Au niveau des chefs d'Etat, des dinosaures comme Houphouët-Boigny en Côte d'Ivoire, Paul Biya au Cameroun, Omar Bongo au Gabon, Denis Sassou au Congo et Mobutu au Zaïre [RDC depuis 1997] eurent le vent en poupe. En revanche, des intrépides comme feu Thomas Sankara du Burkina Faso, se heurtèrent à un donneur de leçons sans pitié pour tous ceux qui, à ses yeux, avaient des attitudes pleines d'impertinence.

Il fallut attendre 1990 pour voir Mitterrand donner officiellement le ton de la nécessaire démocratisation du continent, sous peine de voir l'aide s'évaporer. Ce rusé "opposant historique de France" avait deviné à travers les luttes qui s'intensifiaient que les peuples africains marchaient vers une victoire certaine. Il fallait manœuvrer afin de récupérer la situation. D'où les nombreuses conférences nationales souveraines qui devaient aider, par le biais d'un multipartisme de façade, à mieux encadrer la libre expression des peuples en colère. Encouragés par le silence complice ou la bienveillance de Paris, les gouvernants africains entreprirent alors de conserver ou de reconquérir le pouvoir à la faveur de textes de lois taillés sur mesure. Métamorphosés selon le goût du jour, les partis uniques s'organisèrent donc pour remporter "haut la main" des élections savamment truquées. Ceci, aux dépens de partis d'opposition mal organisés, divisés et dépourvus de ressources, dans un contexte de pauvreté criarde et d'analphabétisme inouï. Avec regret, l'on découvrait alors cet autre visage de Mitterrand : l'occupant socialiste de l'Elysée ne semblait point se soucier des intérêts des larges masses laborieuses d'Afrique. Au gré des intérêts de la France, celui-ci ne se gênait pas de soutenir les dictatures et les régimes impopulaires sur le continent. La plupart de ces gouvernants avaient bien compris que pour avoir la paix, il fallait être dans les bonnes grâces de Paris. 

Qu'a donc apporté Mitterrand aux Africains ? Incontestablement, le défunt chef de l'Etat français a servi de référence à de nombreux intellectuels du continent, adeptes de son socialisme à visage humain. N'empêche que le plus souvent, ils auront eu du mal à obtenir son appui quant à l'application véritable, chez eux, des principes élémentaires du socialisme. Certes, avec le discours de La Baule, Mitterrand a su courageusement prôner la démocratisation et inciter de nombreux chefs d'Etat à s'engager dans cette voie périlleuse pour la survie de leurs régimes. Mais des conseillers français étaient toujours là pour les aider à ne jamais partir, au nom des intérêts... français ! Une vraie politique de droite pour un leader classé à gauche ! Autant les prises de position du président Obama aux Etats-Unis tranchent par leur clarté, autant celles de Mitterrand ont bien souvent paru ambiguës. Une ambiguïté qui a profité à nombre de chefs d'Etat africains de l'époque, lesquels étaient peu enthousiastes à l'idée de voir la démocratie s'installer dans leurs pays respectifs. Quelques-uns ont néanmoins joué le jeu. Au Bénin et au Mali, entre autres, le parcours semble prometteur. De quoi se demander ce que serait devenue l'Afrique sans le discours de La Baule.

Mais doit-on tenir Mitterrand pour responsable de ce qu'il est advenu des tentatives de démocratisation en Afrique francophone ? Assurément pas. Il n'aura fait que son devoir : défendre vaille que vaille les intérêts de la France. Comme au Rwanda, pour soutenir le président Habyarimana et faire échec à ceux qui mettaient en danger l'influence française dans la région des Grands Lacs. Toujours est-il qu'aujourd'hui, dans la majeure partie des cas, la démocratisation laisse toujours à désirer en Afrique francophone. Trente ans après l'avènement de Mitterrand au pouvoir en France, vingt et un ans après le discours de La Baule et quinze ans après la mort de l'ancien président français, le bilan reste assurément mitigé.


HISTOIRE Le discours de La Baule

Le 20 juin 1990, huit mois après la chute du mur de Berlin, François Mitterrand accueille à La Baule, sur la côte Atlantique, la XVIe Conférence des chefs d'Etat d'Afrique et de France. Le discours qu'il prononce à cette occasion marque un tournant dans les relations entre l'ancienne puissance coloniale et son pré-carré africain. "Nous ne voulons pas intervenir dans les affaires intérieurres. Pour nous, cette forme subtile de colonialisme qui consisterait à faire la leçon en permanence aux Etats africains et à ceux qui les dirigent, c'est une forme de                            

colonialisme aussi perverse que tout autre", affirme le président français, avant d'annoncer que l'aide de la France sera désormais subordonnée à l'avancée du processus de démocratisation. Dans la conférence de presse qui suit ce discours, Mitterrand établit ainsi une distinction entre "une aide tiède", destinée aux régimes autoritaires refusant toute évolution démocratique, et "une aide enthousiaste" réservée à "ceux qui franchiront le pas avec courage".

LE PHARAON TOUTANKHAMON DORT DANS SA PEAU NOIRE-par le Prodesseur Jean-Charles Coovi Gomez

14876015308231883251167109764312248985795949n.jpg LE PHARAON TOUTANKHAMON DORT DANS SA PEAU NOIRE-par le Prodesseur Jean-Charles Coovi Gomez

voici un exemple de diversion des falsificateurs. on donne toutes les info sauf celles qui pourraient être de nature à "faire avancer" les profanes sur la race des égyptiens anciens dont certains disent qu'ils sont rouges, rouge-sombre, bruns, blancs à peau noire mais jamais noirs à peau noire. et pour ramsès 2 (ousermaâtrè setepenrè meriamon ramessou) on dit qu'il est roux. mais on n'a pas besoin d'être polytechnicien pour savoir que la rousseur n'est pas une race mais un trait physique que l'on rencontre dans toutes les races y compris en afrique. au demeurant, si la race n'existe pas, tout le monde sait que l'europe est peuplée de leucodermes, l'asie de xanthodermes et de leucodermes, l'afrique de mélanodermes mais pour les anciens égyptiens, la race n'existe doit rester un mystère. cherchez l'erreur!
si je vous dis qu'un automobiliste roulant à vive allure TOUS FEUX ETEINTS réussit à éviter un obstacle NOIR se trouvant sur la route, vous allez vous gratter le crâne pour savoir comment est-ce possible si je ne vous dis pas que nous sommes enplein jour! voilà un des jeux favoris qu'on cultive en égyptologie pour que le mensonge originel perdure au profit d'un certain impérialisme prédateur qui s'est aperçu en plein esclavage que la race asservie est celle-là même qui est à l'origine de la civilisation de toute l'humanité.

soyons vigilants.

 

Depuis l'occupation brutale de l'Egypte en 640 de notre ère par les conquérants arabes avec à leur tête Amr Ibn-al-As, le sort des populations autochtones (Mélanodermes de Haute –  Egypte et Coptes) n’a cessé de se dégrader sur tous les plans. De nos jours, la République Arabe Unie d’Egypte s’est appropriée de façon exclusive la totalité du patrimoine historique et culturel pharaonique dont l’appartenance au monde négro-africain s’impose pourtant à tous les esprits objectifs comme « un fait scientifique opératoire » depuis les travaux décisifs de feu le Professeur Cheikh Anta DIOP. Néanmoins, depuis plusieurs décennies, on assiste à un renforcement du monopole des autorités arabes d’Egypte sur le Service des Antiquités au détriment des institutions savantes étrangères. Amorcée jadis par les Docteurs Gamal MOKHTAR, Saroïte OKACHA, Anwar CHOUKRY etc, cette « nouvelle politique de souveraineté arabe » est à présent incarnée par la personnalité controversée du Docteur Zahi HAWASS, actuel Secrétaire général du Conseil Suprême des Antiquités égyptiennes.C’est dans ce contexte qu’a eu lieu le 17 Février 2010 au Musée national du Caire une conférence de presse au retentissement médiatique planétaire qui a permis au Dr HAWASS de révéler les résultats « officiels » des tests ADN effectués entre 2007 et 2009 par une équipe de dix sept chercheurs sur seize momies pharaoniques dont celle du célèbre Pharaon TOUTANKHAMON. Cette étude est parue simultanément dans le Journal of the American Medical Association en date du 17 Février 2010 sous le titre « Ancestry and Pathology in King Tutankhamun’s Family » [pages 638-647].  

En procédant au recoupement des éléments fournis durant la conférence de presse et le compte rendu paru dans JAMA, on peut relever cinq principales informations : 

1- Le Pharaon TOUTANKHAMON serait mort vers 1327 avant notre ère à l’âge de dix neuf ans des suites du paludisme (« malaria tropica ») doublé d’une affection osseuse chronique. 

2- Le père du Pharaon serait bien AKHENATON avec lequel il partagerait les mêmes caractéristiques morphologiques, le même groupe sanguin et le même chromosome Y. 

3- La mère de TOUTANKHAMON ne serait pas NEFERTITI, mais une sœur d’AKHENATON non-identifiée, parfois surnommée « Young Lady » et dont la momie est référencée KV35YL. 

4- Le jeune Pharaon aurait contracté la maladie de Kholer, souvent douloureuse, nécrosant littéralement ses os, aggravée de surcroît par une oligodactylie (nombre anormale d’orteils) au pied droit et d’un pied bot à gauche. 

5- Des analyses de l’ADN obtenus de biopsies osseuses auraient révélé que les deux fœtus momifiés retrouvés aux cotés de la dépouille du jeune Pharaon dans son mobilier funéraire par Howard CARTER en 1922 appartiendraient à ses deux enfants morts-nés. 

pharaontoutankhamonmomieegypt.gif On ne peut qu’être surpris par la focalisation de l’étude des seize momies pharaoniques sur le seul TOUTANKHAMON afin d’élucider aux dires des auteurs les « mystères » entourant ses origines familiales et les conditions précises de sa disparition. Il apparaît toutefois à la lumière des documents inédits auxquels nous avons pu accéder, qu’un chapitre essentiel de l’étude a été volontairement occulté et n’a donné lieu à aucune communication publique à ce jour.  En effet, les seize momies ont bien fait l’objet de 2007 à 2009 d’une analyse des gènes anciens selon la méthode éprouvée par le savant suédois Svante PÄÄBO (Institut Max Planck, Leipzig) [cf « A molecular approach to the study of Egyptian History »]. S’inspirant d’une précédente étude également non-publiée suite aux requêtes pressantes des autorités arabes égyptiennes et qui traitait de l’origine du peuplement ancien du Delta du Nil, les chercheurs ont abouti à la conclusion capitale qu’elles s’apparentent sans discussion possible au groupe des populations mélanodermes de l’Afrique sub-saharienne. Ainsi, nous révélerons – documents authentiques à l’appui – les véritables résultats hélas non-divulgués officiellement des tests ADN effectués au Caire au cours de la Conférence inaugurale du Séminaire d’Etudes Egypto-Nubiennes le Samedi 13 Mars 2010 à la Plaine Saint Denis. Signalons incidemment d’autres faits d’une extrême gravité qui font douter de l’objectivité scientifique des chercheurs concernés : - Tout en occultant aux honnêtes profanes les résultats édifiants de l’analyse des gènes anciens des seize momies du Caire, ils favorisent et cautionnent la diffusion en exclusivité mondiale d’une pseudo-reconstitution en 3D du « visage » de TOUTANKHAMON qui l’assimile à un leucoderme ou un sémite. [cf reconstitution française de VIGNAL et DAYNES]  Au demeurant, le visage aux traits négroïdes saillants de la momie du Pharaon tel que nous l’avions nous-même révélé pour la première fois au public africain lors du Colloque de Dakar consacré à l’œuvre de Cheikh Anta DIOP en 1996, exclut qu’il ait pu servir de « modèle » pour cette reconstitution. Les allégations selon lesquelles cette manipulation serait imputable aux défaillances de l’ordinateur sont également irrecevables [cf site web ANKH]. Il s’agit par conséquent d’une falsification historique délibérée et en tous points comparable à l’irradiation nucléaire de la momie présumée de RAMSES II afin de le faire passer pour un Pharaon aux cheveux roux. On songe aussi aux manipulations subies par la momie de la Reine Ahmes NEFERTARI qu’on s’est acharné à vouloir absolument blanchir.  Enfin, sous prétexte d’effectuer des travaux de restauration, des équipes d’égyptologues et d’archéologues modifient arbitrairement la couleur originelle des personnages figurant dans de nombreuses tombes égyptiennes afin de les faire passer aux yeux du grand public non-averti pour des leucodermes. Face à cette entreprise de destruction de preuves ou de dissimulation de sources, il y a lieu d’informer l’opinion publique internationale tout en prenant des mesures conservatoires en vue d’une réappropriation par le Monde noir de son patrimoine historique et culturel. C’est dire toute l’actualité de cette recommandation expresse du Professeur Cheikh Anta DIOP : « On doit dire aux générations qui s’ouvrent à la recherche : armez-vous de science jusqu’aux dents et allez arracher sans ménagement des mains des usurpateurs le bien culturel de l’Afrique dont nous avons été si longtemps frustrés »[cf Préface de DIOP à l’Afrique dans l’Antiquité… de Théophile OBENGA].                                                                

Professeur Jean-Charles Coovi Gomez

Documentaire hommage:FREDERIC MITERRAND RACONTE HAILE SELASSIE

Documentaire hommage:FREDERIC MITERRAND RACONTE HAILE SELASSIE

Le 2 novembre 1930, Ras Teferi Mekonnen est sacré empereur d’Ethiopie. Né le 23 juillet 1892 à Ejersa Goro (Ethiopie) et mort (probablement assassiné en prison) le 27 août 1975 à Addis-Abeba (capitale éthiopienne), il a pris le nom d’Hailé Sélassié 1er en montant sur le trône. Descendant des rois Salomon et David (selon la tradition chrétienne orthodoxe éthiopienne), il a d’abord été régent de l’impératrice Zaoditou, sa cousine, avant de devenir roi (négus) de 1928 à 1930, puis empereur (Roi des rois) après le décès de sa parente le 2 avril 1930.

 

La libération de Paris par des '' Whites only ''

La libération de Paris par des '' Whites only ''

Des documents inédits d’archives révélés par la BBC indiquent que les commandemments britanniques et américains se sont assurés que la libération de Paris le 25 août 1944 soit vue comme une victoire menée par des « blancs uniquement ».

Le 16 juin 1976, Soweto s'embrase, l'Afrique du Sud change à jamais

Le 16 juin 1976, Soweto s'embrase, l'Afrique du Sud change à jamais

Par Serge Bilé.
L'anniversaire du soulèvement des écoliers de Soweto et de sa répression par la police de l'apartheid, le 16 juin 1976, prend toute sa dimension cette année, alors que l'Afrique du Sud célèbre sa normalité retrouvée en accueillant la Coupe du monde de football.

LETTRE OUVERTE DU KOMITÉ MÉ 67 A MARIE-LUCE PENCHARD

LETTRE OUVERTE DU  KOMITÉ MÉ 67 A MARIE-LUCE PENCHARD

KOMITE ME 67

c/o UGTG

1, Rue Paul Lacavé

97110 Pointe-à-Pitre

                   Madame Marie-Luce PENCHARD

                   Ministre des DOM

                   27, Rue Oudinot

                   75007 Paris  
               
               
               

                   Pointe-à-Pitre, le 20 Mai 2010 
               

Objet : Vérité – Justice - Réparation – Réhabilitation pour les victimes des massacres des 26 et 27 Mai 1967 à Pointe à Pitre (Guadeloupe). 

Madame la Ministre,  

Les 26 et 27 Mai 1967, à Pointe à Pitre, à l’occasion d’une grève d’ouvriers du bâtiment, les CRS, Gendarmes mobiles (Képis Rouges) français perpétrèrent un véritable massacre contre le Peuple Guadeloupéen.  

« Le massacre commença le 26 mai 1967 au début de la matinée et dura jusqu’au lendemain soir. Pointe-à-Pitre martyrisé. Ces morts ne furent pas les victimes accidentelles d’un combat sans merci. Ces êtres furent assassinés de sang froid avec méthodes. Ce crime fut décidé, organisé, planifié dans le cadre d’une politique de terreur. »  

Black Wall Street: 1er Juin 1921

Black Wall Street: 1er Juin 1921

Le 1er juin 1921 aux États-Unis d'Amérique, le "Black Wallstreet" était mis à feu et à sang par des groupes du Ku Klux Klan.
Cet évènement est connu sous le nom des émeutes de Tulsa, du nom de la deuxième ville d'Oklahoma.
Connu aussi sous le nom de 
la "Petite Afrique",  le "Black Wallstreet" était le symbole de la réussite de la communauté noire dans le monde des affaires aux États-Unis.
Le mail ci-joint renvoie à une vidéo découpée en 12 parties relatant cet évènement.

Indépendance du Sénégal: qui mérite les lauriers?

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Les voleurs de pancartes

Nous devons célébrer un peuple, l’on nous oblige à célébrer en même temps un homme. Nous devons fêter le cinquantenaire d’un peuple, l’on nous oblige à fêter la décennie d’un homme. Par un procédé de falsification extraordinaire, il semble que nous devions tout à Abdoulaye Wade et rien au peuple sénégalais. Il n’est question, depuis un an, que de dictées tirées de son fameux livre, Un destin pour l’Afrique, de rappels suffoqués du rôle qu’il a joué dans l’indépendance du Sénégal. Il n’en reste pas moins qu’à aucun moment, à aucune étape de cette marche pour l’indépendance, il n’est mentionné le nom de cet homme.

 

Esclavage:Le Châtiment des quatre piquets dans les colonies

Esclavage: Le Châtiment des quatre piquets dans les colonies

Marcel Verdier ne demandait pas mieux que d’exposer son tableau au Salon du Louvre en 1843, mais le jury en décida autrement. Une peinture qui dénonce un peu trop ouvertement la pratique de l’esclavage courante dans les colonies de la jeune République française, risquait, selon les experts de l’époque, « d’attiser la haine populaire contre nos malheureuses colonies ».